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La mort n’a qu’à attendre

La France sacrifie tout sur l’autel de Macron : peu importe les morts pourvu qu’il paraisse gouverner les événements.

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La mort n’a qu’à attendre

Une nouvelle passion agite et divise, depuis deux mois, la France friande de causes et de révolutions : à la faveur de la maladie et des peurs qu’elle engendre, raoultiens et anti-raoultiens s’affrontent avec véhémence et s’invectivent avec force arguments.

Des journalistes, ignorants la veille, mais devenus savants après avoir lu la production d’autres journalistes, se posent en juges doctes du débat, toujours prêts à émettre une sentence scientifique définitive, soutenus en cela par des semi-médecins qui n’ont plus examiné un malade depuis des années et n’ont probablement jamais lu une étude médicale, mais que la télévision a transformés en oracles.

Non loin, se tiennent les bureaucrates à l’esprit figé, capables de subordonner la vie des gens à la rigueur des règlements. La longue fréquentation des bureaux leur a enlevé la capacité de douter. Et, puisqu’ils savent, ils peuvent décider, contre-décider, anti-décider avec une assurance inflexible et stupide qui finit par se mesurer en vies perdues.

Depuis le début, nombreux journalistes et pratiquement tous les bureaucrates – parmi lesquels il convient de ranger les politiciens – ont affirmé avec vigueur leur position : ils sont anti-raoultiens. Leur amour des normes et une idée précise de ce que doit être l’ordre leur dictent d’adhérer à ce groupe. Les bien-pensants ne peuvent que rejeter avec dédain le raoultisme – cette espèce de populisme qui s’est faufilé sournoisement dans le monde médical. Suivant le raisonnement d’une éternelle vedette du journalisme, les anti-raoultiens seuls jouissent d’une santé mentale indiscutable. Les autres, comme celui en qui ils placent leur confiance, ne sont que gibier de cabinet psychiatrique.

Les raoultiens, eux, ne peuvent opposer à cette vague tumultueuse qu’une poignée de professeurs, à qui les présentateurs de journaux télévisés posent des questions condescendantes et que nous sommes appelés à soupçonner d’une certaine forme d’extrémisme. Leur outrecuidance ? Se désintéresser de la méthodologie sacrée au bénéfice des résultats pratiques. Ils osent invoquer les guérisons ? Mais elles ne valent rien en l’absence de longs tests préalables. Pour les parangons des procédures, la réalité elle-même doit être testée avant d’affirmer qu’elle est réelle.

Raoultiens et antiraoultiens…

Il y a aussi l’homme de la rue raoultien. Mais il ne pèse pas lourd dans le grand débat et il se fait souvent prendre de haut par ceux qui ont compris dans quel sens souffle le vent : « Ne me dites pas que vous êtes tombé, vous aussi, dans ce piège ! » Le raoultien ne sait quoi répondre, il n’a pas, comme tout le monde, des arguments scientifiques inattaquables ; il se contente de croire qu’un salut existe peut-être. Sous le regard sévère de son interlocuteur, il enfonce la tête entre les épaules et avoue avoir endossé le mauvais uniforme.

Comme sur un champ de bataille, les deux partis se font face, précédés de leurs porte-étendards. Les uns crient leur savoir ; les autres ne font qu’espérer. Les anti-raoultiens ont de leur côté la plupart des experts – médecins-fonctionnaires que des fabricants de médicaments paient, et qui, de temps en temps, deviennent impartiaux pour donner des conseils au président et aux ministres, buveurs enthousiastes de leurs paroles. Les raoultiens trouble-fête mettent en doute la bonne foi de ces éminentes personnes.

Certes, il n’y a pas de sabres, ni de fusils, ni de canons dans les deux camps ; il n’y a pas non plus de lutte telle que les soldats l’entendent. Mais il y a des morts. Les anti-raoultiens n’en sont pas complètement étrangers, même s’ils prétendent que la responsabilité revient aux raoultiens et aux remèdes qu’ils défendent. « Traitement meurtrier », grognent-ils. Et les raoultiens de riposter : « Attente meurtrière. »

Arbitre de la nation qui s’affronte, le président porte son regard bienveillant sur les deux armées. « Le professeur Raoult est un grand scientifique », dit-il pour contenter les uns. « Son traitement doit être testé », s’empresse-t-il d’ajouter pour rassurer les autres. La précipitation n’est pas dans la nature du sage chef de guerre. Tester – quel bon moyen de reporter à l’infini quand on n’ose pas dire non ! Et, surtout, maintenir l’interdiction de vente du traitement en question. Il faut bien donner cette garantie aux anti-raoultiens, puisque ce sont eux qui, politiquement, se trouvent sur la bonne barricade.

Pendant ce temps, le duel entre les deux France continue et les morts s’ajoutent aux morts. On comprend que si la pensée politique du président est trop complexe, sa pensée scientifique l’est bien davantage. Chercheurs, découvertes, traitements sont appelés à errer et se perdre dans les méandres obscurs de ce labyrinthe. La seule chose qui compte, en vérité, est qu’il soit donné au président le temps d’attendre. De ces attentes il construit sa nébuleuse grandeur.

 

 

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