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La désaffection des Français pour la politique révèle l’obsolescence de nos institutions

Les Français n’en peuvent plus de leurs dirigeants, qu’ils rendent responsables de leurs malheurs, à juste titre. Les élections ne leur servent plus qu’à exprimer leur mécontentement– quand ils votent. C’est le système de la démocratie, du nombre, qui les a trahis, et même le régime, qui ne peut plus résoudre les problèmes qu’il a suscité.

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La désaffection des Français pour la politique révèle l’obsolescence de nos institutions

C’est un euphémisme de dire que nos compatriotes boudent les élections. Rappelons que lors de la présidentielle du printemps 2017, le taux d’abstention atteignit 22,23 % au premier tour, 25,44 % au second. 51,3 % des électeurs inscrits s’abstinrent au premier tour des législatives qui suivirent, 57,36 % au second. Les abstentionnistes devenaient très nettement majoritaires, ce qui était absolument sans précédent depuis l’institution du suffrage universel. Enfin, aux régionales de 2020, 65,7 % des inscrits, soit les deux tiers d’entre eux, ne daignèrent pas se rendre dans les bureaux de vote.

Un quinquennat particulièrement éprouvant

Les abstentionnistes ne seront sans doute plus majoritaires l’année prochaine. Les enquêtes sociologiques et journalistiques révèlent un regain d’intérêt de nos compatriotes pour l’échéance présidentielle à venir. Cela tient sans doute a ce que le quinquennat qui s’achève n’a pas été banal, à moins dire. Il a commencé par la réforme du Code du Travail, dès la fin de l’été 2017, mal digérée par les Français. La crise des Gilets jaunes, à la fin de l’année 2018, a traduit la révolte du petit peuple et des classes moyennes devant l’aggravation de leurs conditions d’existence. La réforme des retraites a jeté dans la rue des milliers de gens qui ont compris qu’ils pouvaient se préparer à des lendemains qui déchantent. La crise sanitaire provoquée par la pandémie de Covid a mis en difficulté ou en faillite nombre d’entreprises et entraîné une sérieuse restriction de nos libertés publiques… sans parler du nombre de décès provoqués par ce fléau.

Un sentiment de révolte compréhensif qui ne trouve aucun exutoire électoral

Les Français sortent de ce quinquennat exténués, épuisés, à sec, en proie aux pires difficultés, avec le sentiment que rien ne sera plus comme avant, que le XXIe siècle sera celui de la précarité, voire de la misère, du risque sanitaire permanent, de la pollution, des canicules estivales régulières, et des mesures contraignantes et coûteuses destinées à réduire les émissions de CO2, le réchauffement climatique et la destruction de notre environnement. Aussi, ils nourrissent une profonde rancœur à l’encontre de nos dirigeants et de toute notre classe politique qu’ils rendent responsables de leur malheur ou qu’ils jugent incapables de l’empêcher ou d’y mettre fin, et dont ils ressentent plus que mal les initiatives, forcément désagréables, prises dans ce but. Ils oscillent entre révolte et résignation ou fatalisme. Ils savent que, de toute façon, leur vie sera de plus en plus dure, et que, même si Macron ne leur semble pas le président idéal, aucun autre ne fera mieux que lui, et que, donc, l’alternance ne mène à rien. Ils ressentent également la vanité de se porter sur les candidats et les partis protestataires. Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon sont discrédités, et il apparaît de plus en plus vraisemblable que la première ne figurera pas au second tour de la prochaine présidentielle. Les écologistes émergent, confirment leur percée récente, mais ils ne réuniront jamais une majorité d’électeurs. Du reste, leurs préconisations rencontrent tout de même l’hostilité de ceux qui y voient une régression, une marche vers le sous-développement, une aggravation de conditions de vie déjà largement insupportables, et une singulière limitation des libertés individuelles, voire un monde à la fois policier et aseptisé prohibant la consommation de viande, entre autres joyeusetés.

En résumé, nos compatriotes se savent condamnés à la plus pénible des existences, et pensent que même la protestation ne mérite pas de se défouler, tant les candidats censés la manifester sont déplorables.

Voilà qui, de prime abord, semble promettre encore de beaux chiffres d’abstention à l’occasion des prochaines échéances électorales. Les Français les plus en difficulté, soit la très grande majorité de la population, devraient normalement (si l’on peut ainsi dire) bouder les urnes au printemps prochain, convaincus du désintérêt du monde politique à leur égard, de l’impuissance des gouvernants (quels qu’ils soient) et du caractère irrémédiable de leur situation et de celle de la communauté nationale tout entière. Il est bien connu que l’abstention est avant tout le fait des gens de conditions les plus modestes, les moins diplômés et qualifiés, les plus menacés par le chômage (quand ils ne sont pas déjà chômeurs), soit le gros de la population. 25 % des électeurs inscrits non diplômés ou titulaires d’un diplôme inférieur ou non supérieur au baccalauréat se sont abstenus en 1917, tant aux deux tours de la présidentielle qu’à ceux des législatives suivantes, contre seulement 8,2 % de ceux qui possédaient un diplôme supérieur au baccalauréat. Or, le marasme économique et la détresse morale affectent beaucoup plus les premiers que les seconds… dont la situation n’est pourtant pas toujours aisée, loin de là.

La probable expression éparpillée d’un profond mécontentement

Mais, répétons-le, au printemps viendra le « temps fort », comme aiment à dire les journalistes et les politologues, de la vie politique française, depuis l’institution de l’élection du président de la République au suffrage universel, scrutin mobilisateur par nature, et amplement plus médiatisé que tous les autres. Et bien des Français, quoique abattus, ne manqueront sans doute pas de se ressaisir pour exprimer leur mécontentement à l’égard d’un quinquennat particulièrement éprouvant, dont ils ne pourront s’empêcher de considérer l’actuel locataire de l’Élysée comme le très grand responsable puisque notre constitution dote le président de la République de tous les pouvoirs, l’Assemblée nationale se ramenant, depuis la réforme du quinquennat et la concomitance des élections présidentielle et législatives (les secondes suivant la première de quelques semaines seulement) à une chambre d’enregistrement.

Notre système politique est fondé sur l’obligation de mentir et de se voiler la face.

Macron semble bien parti pour remporter une nouvelle victoire élyséenne. En revanche, il semble hautement improbable qu’il retrouve à l’Assemblée nationale la majorité absolue dont il dispose depuis 1917. Si bien des candidats LREM seront élus ou réélus en 2022, beaucoup d’autres, sortants ou nouveaux venus, connaîtront de cinglantes défaites. Macron et ses proches le savent, et c’est la raison pour laquelle (outre l’ambition personnelle, évidemment), Édouard Philippe vient de lancer son propre parti, « Horizons », afin de tenter d’élargir l’assise, désormais étroite, du président sortant. Les électeurs mécontents ont beau se sentir en proie à un immense découragement, ils ne voudront pas se résigner, sans réagir à laisser Macron sauver son siège élyséen, et ne résisteront pas à la tentation de lui mettre des bâtons dans les roues en votant contre ses candidats, à l’occasion des législatives qui suivront. Leur détermination ne profitera pas aux représentants des partis protestataires, dévalués, et qui subiront la concurrence d’Éric Zemmour, nouveau venu en politique, qui s’institue défenseur de l’identité et de la souveraineté de la France contre la classe politique actuelle, eurofédéraliste, mondialiste et multiculturaliste. Les suffrages des électeurs hostiles à Macron et à LREM s’éparpilleront entre Zemmour et ses éventuels candidats, LR, EELV et les partis de gauche, outre ceux qui demeureront indéfectiblement fidèles (car il y en aura malgré tout) à Marine et à son RN ou à Mélenchon et sa France insoumise.

Un système fondé sur l’inéluctabilité du mensonge et de l’illusion

Il reste que les Français ne croient plus à la politique, que ce soit pour améliorer la situation du pays en général ou la leur en particulier, et que depuis cinq ans ils boudent les urnes.

Nous n’avons pas affaire ici à une classique crise des institutions, à laquelle une réforme constitutionnelle ou une amélioration de la situation économique suffirait à remédier. Le mal est, en réalité, beaucoup plus fondamental. Il siège dans le fondement même de notre régime républicain.

Les Français, dit-on habituellement, boudent les responsables politiques parce que ceux-ci leur mentent, ne tiennent pas leurs promesses, les abreuvent d’illusions suivies de désillusions, et forment une oligarchie sans aucun point commun avec eux et incapable de comprendre leurs problèmes et d’ailleurs de s’y intéresser. Par ailleurs, nos compatriotes jugent nos dirigeants incapables de juguler un ordre économique mondial qui les subjugue et rend vaines leurs éventuelles tentatives de réforme.

Il convient d’approfondir cette critique, par trop superficielle et rebattue. Il est vrai que les responsables politiques mentent avec plus ou moins d’habileté, roulent les électeurs et font des promesses qu’ils savent ne pas pouvoir ou ne pas vouloir tenir. Mais, après tout, le système les y oblige, les y condamne même. Comment feraient-ils autrement ? La démocratie est régie par la loi du nombre, et chaque parti ou candidat doit engranger un maximum de suffrages. Pour cela, il doit satisfaire tout le monde et ne mécontenter personne, et taire les vérités désagréables et la préconisation de mesures nécessaires mais tout aussi désagréables. De leur côté, les électeurs iront vers celui ou celle qui leur promettront les lendemains les moins pénibles possible, et qui ne porteront pas atteinte à leurs acquis ou à leurs avantages, le cas échéant.

Ainsi, les candidats ou les gouvernants comme les électeurs s’accordent tacitement pour éluder autant que possible la révélation de la situation réelle du pays et des mesures indispensables pour y porter remède, les gens ne se résolvant jamais à des sacrifices qu’ils savent pourtant nécessaires et, un jour ou l’autre, inéluctables. Notre système politique est ainsi fondé sur l’obligation de mentir et d’entretenir l’illusion, de se voiler la face en permanence.

Un système condamné par l’urgence du présent

Ce jeu, qui dure depuis une éternité, a engendré des déconvenues innombrables, et abouti à la désaffection totale des Français à l’égard de la vie politique et des institutions. Et ce à un moment où la situation (et pas seulement dans l’Hexagone) ne le permet plus et nous met au pied du mur, comme le montrent l’extrême urgence du problème climatique, celle de l’état de notre économie, celle de la réforme des retraites et de notre système de protection sociale, et comme l’a déjà montré la crise sanitaire qui nous a obligés à des contraintes et des sacrifices sans précédent. Les Français ont l’impression que non seulement leurs dirigeants sont menteurs et incompétents, mais qu’en plus, le système politique lui-même et nos institutions ne permettent plus, encore bien moins aujourd’hui qu’hier, de résoudre des problèmes dont tout le monde reconnaît ou ressent le caractère dramatique et l’urgence de les résoudre.

En fait, c’est donc bien le sentiment confus, chez les électeurs, d’une obsolescence du système que révèle l’abstentionnisme présent. Et cela met en évidence la nécessité impérieuse de le refonder.

 

Illustration : Classique expression de ferveur populaire envers le président Macron.

 

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