Les femmes sont les reines apparentes de notre époque hypocrite. Il n’est question que de droits des femmes, de lutte contre les discriminations et les violences infligées aux femmes, du droit à l’interruption volontaire de grossesse et à la procréation médicale assistée (PMA), de promotion des femmes aux postes de haute responsabilité et de commandement, d’égalité des salaires.
Une journée internationale des Droits de la Femme a été instituée (le 8 mars). Dans certains pays, on va même plus loin. Ainsi, en Suède, à chaque poste de responsabilité à pourvoir, on met en concurrence un homme et une femme, et, en cas d’égalité de compétences, on choisit obligatoirement la femme. En France, on a constitutionnalisé le droit à l’avortement.
Types de femmes vedettes à gogo
Partant, on fait de femmes connues des héroïnes de la cause féministe. Il y a celles qui sont les pionnières de cette cause, telles Olympe de Gouges, jadis ignorée des historiens et des enseignants, et aujourd’hui vedette des manuels scolaires, citée en exemple par tous les professeurs d’histoire et sujette de thèses et de livres. Il y a celles qui, sans avoir eu une activité féministe militante au sens où nous l’entendons de nos jours, ont secoué le joug sous lequel on tenait les représentantes de leur sexe, et se sont affirmées de manière provocante en leur temps, comme George Sand ou Colette. Il y a celles qui n’ont eu aucune activité féministe, mais se sont distinguées par leur intelligence et leurs mérites scientifiques, et dont Marie Curie (titulaire de deux prix Nobel) est le meilleur exemple. En France, où le conformisme de gauche règne en maître absolu, on évite de proposer à l’admiration générale des femmes aussi remarquables que Margaret Thatcher, grande Première ministre du Royaume-Uni mais ultraconservatrice et brutale (et nullement féministe), Emeline Pankhurst, fondatrice du mouvement des suffragettes britanniques, mais devenue députée conservatrice, ou, pire encore, Anne de Rochechouart de Mortemart, duchesse d’Uzès (1847-1933), championne de courses automobiles, fondatrice d’une union des femmes peintres et sculpteurs, mais monarchiste et boulangiste, ou, pour prendre un exemple actuel, Maria Corina Machado, ultralibérale et admiratrice éperdue de Donald Trump. Et, inversement, on magnifie des femmes aux mérites relatifs, telles les peintres Élisabeth Vigée-Lebrun, Rosa Bonheur, Dorothea Tanning, Leonor Fini et Bridget Riley, la plasticienne Niki de Saint-Phalle, ou l’écrivaine Annie Ernaux, contestable prix Nobel de littérature.
Priorité médiatique aux initiatives de femmes
Les femmes célèbres ne sont pas les seules à l’honneur. D’une manière, générale, toute initiative émanant de femmes a droit à une promotion médiatique. À titre d’exemple, nous citerons la décision récente de la chaîne de télévision France 5 de déprogrammer à la dernière minute un film pour diffuser un documentaire montrant le combat de cinq femmes contre cinq applications numériques jugées dangereuses pour les jeunes. Gageons que France 5 n’aurait pas montré une telle complaisance si le combat contre ces réseaux sociaux avait été le fait d’hommes ou d’hommes et de femmes mêlés.
Gisèle Pélicot coqueluche des médias, de la classe politique et des arts de l’écran dans le monde entier
Les bien-pensants du monde entier ont trouvé récemment un nouvel exemple de femme à glorifier. Il s’agit de Gisèle Pélicot, victime de 51 violeurs et de son mari, dont la célébrité médiatique est aujourd’hui planétaire, reçue par la Reine consort d’Angleterre, accueillie également et décorée par le président du gouvernement espagnol, couverte d’éloges par les journalistes et hommes et femmes politiques du monde entier, et dont le gendre a obtenu un poste intéressant à BFMTV, celui de rédacteur en chef de la matinale. Les livres de Gisèle, Pour que l’on se souvienne (JC Lattès) et Et la joie de vivre (Flammarion) sont des best-sellers traduits et vendus dans le monde entier. Des extraits en ont été lus à Londres par les actrices Juliet Stevenson et Kristin Scott Thomas. Aux États-Unis, une série télévisuelle pourrait lui être consacrée, Meryl Streep étant pressentie pour jouer son rôle. Elle se produit à Munich, à Madrid, à Barcelone, à New York, elle signe des autographes ; une superstar, en somme. De victime de viols particulièrement odieux, elle est passée au statut d’héroïne. Or, il importe de ne pas tout confondre : une victime n’est pas un héros ou une héroïne. Sur ce point particulier, le cas de Gisèle Pélicot ressemble à celui d’Alfred Dreyfus, cette autre victime dont son arrière-petit-fils affirme qu’il est un « héros » digne d’être inhumé au Panthéon. On plaint, on pleure des victimes, on ne fait pas leur éloge, on ne les érige pas en vedettes et on ne les propose pas à l’admiration générale. Et on ne gratifie pas leurs proches de postes aussi rémunérateurs que flatteurs. La révolution culturelle qu’on nous impose n’a décidément pas fini de nous surprendre.
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