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Des inconvénients de l’international

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Des inconvénients de l’international

L’Europe court sur son élan. Tous les partis au pouvoir ont dénoncé les partis de la peur, c’est-à-dire qu’ils ont eux-mêmes joué sur les peurs de leurs électorats. Voter populiste, voter illibéral, voter national, c’était voter la guerre, la ruine, le déshonneur ; et même déclencher un Oradour-sur-Glane, selon l’un des apparatchiks de LaREM. Voilà effectivement de bons et raisonnables arguments, bien appuyés, en France, par un CSA qui a considéré (seul de son espèce) que Macron ne faisait pas campagne, ce qui est presque vexant pour Macron, le pauvre.

Dans tous les pays de l’Union européenne, donc, les europhiles ont tous agité le spectre d’une vague de haine déferlant sur de bénignes démocraties désemparées et ont demandé aux citoyens conscients de voter, en leur âme et conscience, pour les partis en place, seuls garants de l’amour ; et d’une fiscalité favorable aux classes supérieures ; et d’un maintien de l’ordre musclé ; bref du vrai bien commun, qui est l’ordre financier. Le parti de l’ordre libéral triomphe et ce ne sont pas les quelques sièges glanés ici et là par des nationalistes que rien ne réunit (sinon l’amour de leurs pays respectifs, qui les conduira à ne pas s’entendre) qui permettront de réformer l’Europe, ni même de freiner son appétit de réformes sociétales, et encore moins de l’inciter à défendre vraiment les nations européennes plutôt que de les livrer pieds et poings liés à la concurrence mondiale sous prétexte de défendre le consommateur.

C’est la Commission qui a le pouvoir, pas les députés !

Cette élection, en fait, confirme qu’en Europe rien n’est politiquement réformable. Rien dans l’Union européenne car c’est la Commission qui a le pouvoir, pas les députés, et surtout pas des députés qui ne veulent pas contrevenir aux diktats de la Commission. Rien en France où Macron applique avec talent la recette de Mitterrand, avoir un opposant nationaliste fort pour systématiquement apparaître comme le garant de la prospérité – alors même que la France continue de s’enfoncer, avec son industrie toujours plus ruinée, ses commerces dévorés, son patrimoine dispersé et sa population toujours plus assistée, puisqu’elle augmente sans cesse avec un apport extérieur qui ne peut trouver à s’employer. Le parti LR pourra méditer quelques années encore sur l’intelligence de ses choix qui le conduisent mécaniquement à disparaître.

Piétiner les traités internationaux

Pendant ce temps, la France macronienne continue d’avancer avec superbe comme une starteupe qui vient d’inventer son bizness modèle, piétinant la « Charte internationale sur la Conservation et la Restauration des Monuments et des Sites », dite Charte de Venise, qu’elle a ratifiée, trébuchant sur la « Convention internationale relative aux droits des personnes handicapées » de l’ONU, qu’elle a ratifiée, et s’apprêtant à s’asseoir sur la « Convention pour la protection des droits de l’Homme et de la dignité de l’être humain en rapport avec les applications de la biologie et de la médecine », dite Convention d’Oviedo, qu’elle a, bien sûr, ratifiée. Qu’il s’agisse de restaurer Notre-Dame, d’euthanasier Vincent Lambert ou d’autoriser la PMA, l’européen Macron se sent libre de toute entrave et surtout de celles qui ne sont pas françaises, qu’il devrait pourtant priser au plus haut point.

Libre mais inquiet. Les progressistes, comme ils s’appellent, redoutent désormais que ces conventions ne finissent par restreindre les transgressions nationales qu’ils mûrissent. Ils vont plus vite que le consensus et voilà que les fervents défenseurs de l’Union européenne, du transnationalisme, de l’humanisme mondialisé se prennent à réfléchir aux inconvénients d’un droit supranational, jurisprudences de la Cour européenne de justice ou tous ces pactes, chartes et autres conventions signés négligemment. Quelle est leur légitimité, en effet ? Il est piquant que les destructeurs de la France voient se retourner contre eux les instruments qu’ils avaient forgés et finissent, comme de bons nationalistes, par crier que le mondialisme les dépouille de leurs libertés et de leur souveraineté. Ils expliquent déjà, Buzyn ou Touraine, que rien n’oblige la France sinon la volonté du parti majoritaire. Encore un peu et ils expliqueront que la Loi n’est pas un absolu mais un moyen pour viser un bien.

Cette absurde épiphanie souverainiste aura sans doute lieu en même temps que les pays riches mettront fin à l’euro car l’Union européenne, construction financière, risque bien plus de mourir des mains des financiers que par l’effet des votes des citoyens. On est un peu loin d’un magnifique grand soir, mais nous ne sommes pas des romantiques.

Par Philippe Mesnard

 

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