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Ce que révèle la violence dont ont été victimes certains maires sortant battus lors des dernières municipales

Il a beaucoup été question, à la suite des dernières municipales, des agressions subies par les maires sortants battus de diverses communes françaises. Les cas les plus connus de ces déboires sont ceux de Raphaël Cognet, maire sortant de Mantes-la-Jolie, du parti Horizons, d’Hélène Geoffroy, maire battue de Vaulx-en-Velin (Rhône), du Parti socialiste, de Jean-Claude Villemin, maire de Creil, du Parti socialiste également, et de Thierry Meignen, sénateur LR et ancien maire du Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis).

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Ce que révèle la violence dont ont été victimes certains maires sortant battus lors des dernières municipales

Et ils ne sont pas les seuls, loin de là. Beaucoup de ces maires non reconduits par les électeurs ont été évincés par des militants LFI, le trop connu parti de Jean-Luc Mélenchon, Mathilde Panot et Manuel Bompard, qui se signale continument par son intolérance, ses tendances totalitaires, ses violences, son islamophilie débridée et son antisémitisme. Et ce sont en majorité les militants de ce même parti qui les ont conspués et menacés physiquement. En majorité, mais pas en totalité : des militants d’autres formations de gauche (PS, PCF, écologistes et autres) ont participé joyeusement à l’hallali contre des maires sortants vaincus appartenant à la droite ou au centre.

La violence qui gangrène de plus en plus notre vie politique est bien davantage le fait de la gauche que celui de la droite ou du centre. La gauche, en effet, nous l’avons dit dans nombre de nos précédents articles, n’admet plus que, de nos jours, on puisse se réclamer d’idées et de projets de société différents des siens, voire franchement opposés à eux. Ses idées, ses idéaux, ses projets de société, démocratiques, égalitaires, universalistes, écologistes, ultra-féministes, sont considérés par elle et les institutions à sa botte (médias, intelligentsia, système éducatif) comme le credo éthique obligé de notre société. En conséquence, leur contestation, effective ou implicite, réelle ou supposée, est considérée comme un délit, voire un crime, justifiant la persécution, les poursuites judiciaires, l’exclusion professionnelle et sociale, voire les violences verbales ou physiques à l’encontre de ceux qui s’y essaient. En un tel climat, le jour devait arriver où des édiles battus lors des élections devaient être vilipendés, insultés, humiliés et menacés par les partisans de leur concurrent victorieux. À la prochaine étape de ce processus, les partis politiques autres que ceux de gauche seront mis au ban de la classe politique et auront à peine le droit d’exister et de présenter des candidats aux élections. Nous exagérons ? Pas sûr, si l’on considère qu’aujourd’hui, les partis de droite n’ont droit à l’existence et à la pleine liberté d’expression qu’à la condition de se réclamer des mêmes valeurs et principes moraux et politiques que la gauche et, lorsqu’ils exercent le pouvoir, ne peuvent prendre une décision paraissant heurter ces derniers sans susciter des grèves, des manifestations, la saisie du Conseil constitutionnel, la saisie du Conseil d’État, voire la saisie de la Cour européenne des Droits de l’Homme, et se voir harcelés jusqu’à ce qu’ils opèrent ce qu’on appelle un « rétropédalage »… ce qui n’empêchera pas leurs adversaires de gauche, une fois revenus aux affaires, de pratiquer une politique analogue à la leur.

Le double vice rédhibitoire de la démocratie occidentale

Et là, nous touchons à une autre raison des progrès récents de la violence dans notre vie publique, à savoir l’hypocrisie fondamentale de notre régime politique. Par là, nous n’entendons pas tout bonnement la démocratie, telle qu’elle est instituée en Europe occidentale et en Amérique du nord, mais plus spécialement notre démocratie républicaine inspirée par les « philosophes » du « Siècle des Lumières » (le trop connu XVIIIe pour ne pas le nommer), les « grands et immortels principes » de 1789, et le legs moral, politique et institutionnel de cette Révolution dont nous sommes toujours si fiers et qui constitue encore aujourd’hui (à jamais ?) le substrat de notre idéal de civilisation et surtout l’obsession dévorante et le poil à gratter de notre esprit national, entravant notre réflexion, inhibant notre action et nous empêchant de mûrir, d’évoluer et de nous adapter au monde tel qu’il s’impose à nous.

La démocratie telle que nous la connaissons en Occident présente ce double vice rédhibitoire d’une part d’obliger les candidats à un mandat politique électif à faire des promesses qu’ils se savent incapables de tenir, pour engranger des suffrages, et d’autre part d’inciter les électeurs à pousser à fond leurs revendications individuelles et catégorielles (les transformant en exigences) et à adopter, au lieu d’une attitude réaliste et raisonnable utile à la résolution pragmatique des problèmes, une posture radicale, systématiquement contestatrice, et dont le résultat consiste en une accentuation des divisions de la société et de la communauté nationale. Ainsi, nous avons des politiciens (boni)menteurs qui ne tiennent pas les engagements que les électeurs les ont forcés à prendre pour la défense de leurs seuls intérêts (de classe ou professionnels), sans égard pour l’intérêt général qu’ils contrarient souvent et qui, pourtant, devrait prévaloir. Des politiciens sans foi, soucieux de leur seule carrière, des électeurs constamment minés par un inextinguible et urticant esprit revendicatif, et toujours déçus, voici ce que produit la démocratie occidentale, en France et ailleurs.

Les conséquences de la fatale quête obsessionnelle d’une utopie politique et sociale

Mais en France, cette situation est aggravée du fait de l’héritage historique qui leste, obsède et paralyse notre psychologie politique depuis la Révolution, et qui fait que notre démocratie républicaine est fondée sur la promesse, impossible à tenir, d’une société égalitaire et eudémoniste utopique. L’impossibilité de faire advenir cette utopie instille en l’esprit de nos compatriotes cette idée obsédante et désespérante suivant laquelle toute politique est aussi vaine que mensongère. Et cette croyance renforce leur rancœur, voire leur haine, à l’égard de politiciens perçus comme menteurs, hypocrites, en même temps qu’incapables.

Dès lors, il ne faut pas s’étonner si cette rancœur haineuse finit par donner lieu à des manifestations de violence verbale ou physique, amplifiée par des partis de gauche comme LFI, qui incitent leurs électeurs à considérer leurs opposants non comme des adversaires dignes de respect « républicain », mais comme des ennemis du peuple à combattre sans merci et à humilier.

Un système démocratique qui, par son fonctionnement même, incite nécessairement à la démagogie et à la revendication contestatrice permanente, rendant impossible la résolution réaliste des problèmes et accentuant les divisions, le tout amplifié par la quête aussi obsédante et irritante que désespérée d’une utopie sociale et politique, voilà qui explique sans doute les progrès de la violence dans notre vie politique, dont certains maires récemment battus ont pâti. Devons-nous voir là le prodrome d’une révolution ?

 

Illustration : Raphaël Cognet, à Mantes-la-Jolie, Thierry Meignen, au Blanc-Mesnil, Hélène Geoffroy, à Vaux-en-Velin, battus, moqués, insultés.

 


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