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La vache, le président et le dromadaire

Je ne voudrais pas jouer les prolongations mais quand même, quand j’ai appris que la seule vache présente au Salon de l’agriculture serait l’hologramme de la vache Biguine – la vache égérie, pardon –, arrivée de Martinique et « en résidence en Haute-Saône » (car les vaches égéries sont en résidence, comme des artistes français à la Villa Médicis), je me suis dit que cet indice vache, esquissé dans cette page le mois dernier, avait quand même du bon pour mesurer la déliquescence complète de notre agriculture.

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La vache, le président et le dromadaire

Credit:Eliot Blondet-POOL/SIPA/2602211507

Un président ectoplasmique a parcouru les allées de « la plus grande ferme de France » sans rencontrer une seule vache, sinon hologrammatique, comme un Mélenchon en campagne. Le président a pu aussi croiser des dromadaires du Nord (59) qui viennent de La Camelerie, « le seul élevage français détenteur d’un agrément sanitaire européen autorisant la production, la transformation et la commercialisation de lait et de produits laitiers alimentaires de chamelle. » Le mot européen m’a fait tiquer, alors je suis allé voir ce que raconte l’éleveur, Julien Job (Job possédait trois mille chameaux, et même six mille après quelques vicissitudes, mais je ne crois pas qu’il s’agisse de la même famille). « [les chameaux et les dromadaires] sont largement capables d’être prêts pour ce réchauffement climatique. Les chameaux sont capables de vivre avec très peu de moyens et de produire un excellent lait. » Je ne sais pas pour le réchauffement, mais vu l’état de l’économie française et singulièrement de l’agriculture, vivre avec très peu de moyens paraît en effet bien adapté. Julien Job explique ensuite que le salon de l’agriculture est le meilleur endroit « pour démocratiser le produit et en parler à des gens qui ne savent absolument pas qu’on peut traire une chamelle. » Après l’Union européenne, la démocratie… et même une certaine mutation, n’est-ce pas, car Julien veut « qu’on reconnaisse que je ne suis plus atypique, mais que je suis juste le premier d’une aventure. » Je crois que cette véridique parabole du dromadaire nordique est assez claire quel que soit le niveau de lecture, littéral, allégorique ou tropologique, que vous adopterez.

L’agriculture et l’élevage, ce sont les deux mamelles du Tchad

Mais le chameau, que je décide ici même d’agréger à l’indice vache (ces bêtes ont quatre pattes, des poils et produisent du lait : on a vu des regroupements administratifs se faire sur des bases moins solides), peut nous entraîner plus loin, en Hongrie, par exemple, terre illibérale et maudite. Vais-je vous parler de la caravane de chameaux que des Hongrois menèrent l’été dernier à Budapest « pour alerter sur la désertification de leur pays d’Europe centrale et exiger du Premier ministre Viktor Orban qu’il prenne des mesures adaptées au réchauffement climatique » (on croirait du Ferdinand Lop) ? Non. En partie parce qu’Orban y a prêté moins d’attention que les journalistes de Médiapart. Je vais vous parler du Tchad et de son immense cheptel de dromadaires, onze millions ! « Le pétrole, c’est la pauvreté. Le développement, c’est l’agriculture et l’élevage, ce sont les deux mamelles du Tchad. » disait le maréchal Idriss Déby Itno. Il était né en 1952 et la France, alors, savait enseigner son histoire dans les pays où elle prétendait avoir de l’influence – mais revenons à aujourd’hui.

D’un côté, la France, qui sacrifie ses éleveurs. De l’autre, le Tchad avec son Projet d’Appui à la Productivité et à la Compétitivité des Chaines de Valeur Viande et Lait au Tchad (PAPCV-VL), qui « s’inscrit dans la vision des Autorités [tchadiennes] pour le secteur de l’agriculture (y compris l’élevage) telle que définie dans la Loi d’Orientation Agrosylvopastorale et Halieutique (LOAH, 2018) ». Je vous résume : il faut développer la filière agricole parce que cela va permettre de faire vivre des paysans, des emboucheurs, des bouchers, bref des milliers de Tchadiens « dont au moins 60% de jeunes et de femmes ». Mais au Tchad, il n’existe pas d’abattoirs. Il faut investir. Comme le rapporte Le Monde, « le premier ministre hongrois Viktor Orban s’est récemment rapproché de Mahamat Idriss Déby, la Hongrie s’est engagée à établir à N’Djamena un centre de recherche sur le lait de chamelle, qui doit ensuite déboucher sur la construction de deux fermes laitières. » Le lait de chamelle est un marché potentiel de plusieurs milliards d’euros. Les Hongrois rafleront peut-être la mise, dans ce pays déjà bien réchauffé.

Macron se fait photographier avec un hologramme de vache

La France, elle, s’est fait expulser du Tchad, le PNF enquête sur les dépenses vestimentaires à Paris du président tchadien (curieux, ce tropisme textile du PNF…) et Macron se fait photographier avec un hologramme de vache. Il avait même exigé, en vain, que des vaches soient présentes au salon, après en avoir fait massacrer quelques milliers et avoir traité les paysans comme un préfet de police n’ose pas traiter des blacks blocs. Les paysans n’ont pas voulu. Alors Macron a promis, une fois de plus. Il a promis « qu’il allait peser de tout son poids pour que Biguine soit présente au Salon de l’agriculture en 2027 ». Macron, le président d’une seule vache.

 


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