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Vous avez dit écologie ? [PM]

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Vous avez dit écologie ? [PM]

Le pape François a publié une encyclique qui lui est consacrée et François Hollande s’apprête à accueillir à Paris une nouvelle conférence sur le climat. L’écologie est dans tous les discours. Mais de quoi parle-t-on au juste ?

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i l’on s’en réfère à sa racine grecque, le mot « écologie » signifie discourir sur la maison, l’habitat, là où le mot « économie » signifie « administration du foyer ». Dans une première acception, le terme « écologie » serait donc beaucoup plus large et, partant, beaucoup plus vague que le terme « économie ». Dans le domaine économique, l’homme agit là où, dans le domaine écologique, il ne fait que discourir sans se préoccuper nécessairement des conséquences de ce qu’il dit. Mais, du fait de la prétention moderne qui veut qu’un discours n’ait de sens qu’à partir du moment où il est « scientifique » – et de la généralisation du préfixe « éco » à tout ce qui a trait à l’environnement humain –, l’écologie a fini par désigner la « science » du milieu dans lequel vit l’homme, réduit finalement à la « nature »… comme si celle-ci était étrangère à l’homme et comme si l’on pouvait appréhender la nature en dehors de l’homme.
Ainsi est né un courant de pensée qui, certes, considère l’homme comme le gardien de la nature, mais qui fait l’impasse sur l’origine divine de la Création. Or, rappelle l’église, c’est Dieu qui a donné la nature à l’homme « comme milieu de vie ». Dès lors, pour la doctrine sociale de l’église, l’écologie désigne le fait de prendre soin et de faire fructifier la nature. Préservation et développement de la nature indissociables de l’épanouissement de l’homme qui a été placé à son sommet.

L’homme maître de l’écologie

Prendre soin de la nature, la cultiver, la « courtiser » comme on disait autrefois, c’est donc tout sauf l’exploiter pour un profit immédiat. C’est, au contraire, la développer, l’améliorer et même la dompter afin d’en tirer des fruits pour aujourd’hui et pour demain. Ainsi, le développement « économique » ne saurait se réduire à une exploitation égoïste de la nature et à son appauvrissement. Il faut penser aux générations futures ! Cela dit, « conserver » la biodiversité n’est pas synonyme d’immobilisme : cela condamnerait une grande partie de l’humanité à la pauvreté et à la misère. « Absolutiser idéologiquement le progrès technique ou aspirer à l’utopie d’une humanité revenue à son état premier de nature sont deux manières opposées de séparer le progrès de son évaluation morale et donc de notre responsabilité », a écrit Benoît XVI dans l’encyclique Caritas in veritate. Car l’essentiel est bien là : l’homme est responsable de la nature et de son évolution. Le compendium de la doctrine sociale de l’église rappelle, au numéro 255, que « cultiver la terre signifie ne pas l’abandonner à elle-même ; exercer une domination sur elle, cela veut dire en prendre soin, comme un roi sage prend soin de son peuple et un berger de son troupeau ».

Ainsi entendue, la nature est mise au service de l’homme – de tous les hommes, de toutes les époques et sous toutes les latitudes. Celui-ci en améliore les fruits avec le souci du bien commun. Pour l’église, l’enjeu de l’écologie n’est pas simplement de faire en sorte que l’économie satisfasse « les besoins des hommes », mais qu’elle promeuve aussi leur dignité (saint Jean-Paul II, message du 1er janvier 1990).

L’homme objet de l’écologie

Placé au sommet de la Création, l’homme n’en est pas moins une créature. Il appartient à la nature, même s’il est capable de la dominer par son intelligence et de l’orienter par sa conscience. C’est pourquoi l’enseignement de l’église a distingué l’écologie environnementale de l’écologie humaine et de l’écologie sociale pour déboucher sur une écologie intégrale qui les englobe. Dans son encyclique Caritas in veritate, Benoît XVI avait souligné que « la façon dont l’homme traite l’environnement influence les modalités avec lesquelles il se traite lui-même et réciproquement » (n° 51).

Pour le prédécesseur du pape François, l’« écologie humaine » correspond à « un agir moral orienté vers le bien commun et la responsabilité ». Le compendium rappelle ainsi que « la première structure fondamentale pour une écologie humaine est la famille » (§ 212) : en son sein éclot la personne qui y prend conscience de la dignité absolue de l’existence et de toute créature. Auparavant, dans l’encyclique Centesimus annus (§ 38), Jean-Paul II avait expliqué que l’écologie humaine est indissociable de « l’écologie sociale du travail ». L’une et l’autre tendent au même but qui est de contribuer au bien commun. Au-delà de l’accroissement de l’avoir, l’écologie intégrale est donc avant tout orientée vers le développement de l’être. Dans cette conception, c’est toute la création qui est l’objet des soins de l’écologie.

A Strasbourg, le 25 novembre 2014, le pape François avait insisté sur cet aspect de la question : « Respecter la nature nous rappelle que l’homme lui-même en est une partie fondamentale. A côté de l’écologie environnementale, il faut donc une écologie humaine ». L’écologie commençant par l’homme, il faut toujours et partout favoriser « un contexte social adéquat qui ne vise pas l’exploitation des personnes, mais à garantir, à travers le travail, la possibilité de construire une famille et d’éduquer les enfants ».

L’écologie éducatrice de l’homme

Certes, le pape François se réfère au « Poverello » d’Assise, ne serait-ce que par le titre, en italien, de son encyclique. Mais il n’en oublie pas, pour autant, sa formation de jésuite. Il voit dans la création l’œuvre de Dieu : « Dieu habite dans les créatures : dans les éléments en leur donnant d’être, dans les plantes en les dotant de la vie végétale, dans les animaux en les dotant de la sensation, dans les hommes en leur donnant de comprendre », écrivait saint Ignace dans ses Exercices spirituels (n°235). Et, conformément à la pratique des Exercices, le texte du pape se veut un examen de conscience.

C’est donc aussi une pédagogie pour soi-même. Car, si « la convoitise des richesses » conduit à la recherche du « vain honneur du monde » qui est la source d’un « orgueil immense », le pape nous invite à gravir les « trois échelons » de saint Ignace : « Le premier est la pauvreté opposée à la richesse, le second les humiliations ou le mépris opposés à l’honneur mondain, le troisième l’humilité opposée à l’orgueil ». Si Dieu a confié la création à l’homme, l’homme, « dont la puissance descend de celle, suprême et infinie, d’en haut » (n°237) doit prendre soin de cette création qui le ramène à Dieu.

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