Recevez la lettre mensuelle de Politique Magazine

Fermer
Facebook Twitter Youtube

Article consultable sur https://politiquemagazine.fr

Van der Plaetsen à contre-courant

le décrit comme un homme plutôt suranné, dont la ressemblance physique avec Drieu la Rochelle serait étonnante.

Facebook Twitter Email Imprimer

Van der Plaetsen à contre-courant

Jean-René Van der Plaetsen, petit-fils de général – gaulliste – et un temps lui-même casque bleu au Liban, part avec une certaine nostalgie guerrière, à la conquête du Figaro littéraire dans les années 1990. Doucement réactionnaire, on l’imagine alors au comptoir du Montalembert, discourant avec Éric Neuhoff dans le décor d’un monde qui s’écroule. Journaliste cultivé – ce qui n’a rien d’un pléonasme –, il se lance vers la cinquantaine dans la littérature, sans doute poussé par un goût pour l’Histoire. Avec le courage de se frotter au jugement de ses pairs, une biographie et un roman à son actif, il publie cet automne un recueil de nouvelles : La vie à contre-courant. La nouvelle est toujours en France ce genre littéraire « de seconde zone ». C’est pourtant un art aussi attachant que périlleux, qui demande à l’écrivain de planter un décor avec une apparente lenteur, avant de conduire vers une chute inattendue, mais pas trop brutale.

Jean-René Van der Plaetsen y parvient souvent. Son recueil est plein de charme. On le devine attaché aux vieilles pierres, aux bons vins, à la Normandie et aux femmes. Sa nouvelle Faire-part a des accents du Journal d’un homme trompé de Drieu la Rochelle : « j’avais décidé de regarder la vie, plutôt que de vivre la mienne » dit un personnage que ne renierait pas Jean-Marie Rouart. Si Van der Plaetsen joue avec ses personnages, il expose aussi, avec une sincérité désarmante, ses propres ébauches. Les nouvelles s’étalent sur plus de trente ans, de 1989 à 2025, et leur style évolue. Dans la première du recueil, le jeune Jean-René s’essaie à un style heurté qui ne restera pas le sien, avec en passant de belles phrases sensuelles : « Sous une paume que j’ai adoucie le temps d’une caresse, la courbe délicate d’un sein… ».

Puis tout se décante et le charme concret opère : La Retraite de Russie de deux poivrots se termine à l’île d’Aix, la Tournée des taxis (digne d’Alain Paucard) nous fait rêver de chauffeurs lisant Léo Malet et Léon-Paul Fargue. Un couple hésite, en terrasse, à Lodi : vin blanc ou prosecco ? C’est de son goût de raconter une histoire, qui parfois croise l’Histoire, que l’auteur tire toute sa force. Van der Plaetsen tord le réel, le transpose et le fond comme de l’or dans une coupe, pour en recueillir un joyau littéraire : cela donne La baignoire de Marat qui, après bien des péripéties, atterrit dans le château d’une famille catholique. Et ce chef d’œuvre de Vengeance du baron, dont la fin cruelle aurait fait pâlir Patricia Highsmith.

La spiritualité vacillante n’est pas absente de ce recueil, comme cette nouvelle où un homme s’attache à redresser « la Croix des âmes blessées », dans un calvaire de haute montagne. Ou celle où un moine livre dans son journal intime un souvenir trop lourd pour être avoué. Les personnages de Jean-René Van der Plaetsen ne se reconnaissent plus dans le monde qui est le nôtre. Et c’est aussi l’intérêt, tragique et à contre-courant, de ces nouvelles.

 

Jean-René Van der Plaetsen, La vie à contre-courant. Editions du Rocher, 2025, 200 p., 20 €

 

 


Politique Magazine existe uniquement car il est payé intégralement par ses lecteurs, sans aucun financement public. Dans la situation financière de la France, alors que tous les prix explosent, face à la concurrence des titres subventionnés par l’État républicain (des millions et des millions à des titres comme Libération, Le Monde, Télérama…), Politique Magazine, comme tous les médias dissidents, ne peut continuer à publier que grâce aux abonnements et aux dons de ses lecteurs, si modestes soient-ils. La rédaction vous remercie par avance.

Facebook Twitter Email Imprimer

Abonnez-vous Abonnement Faire un don

Articles liés