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Une scandaleuse de talent

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Une scandaleuse de talent

Ce passionnant ouvrage de Jean-Paul Bled est non seulement une biographie et un portrait de Marlène Dietrich, mais aussi une vision du XXe siècle à travers l’histoire du cinéma et les drames politiques qui secouèrent l’Allemagne et l’Occident.

Durant les années 20, Berlin règne en Allemagne dans le domaine culturel sous l’influence de la modernité et de l’Amérique. Quant aux mœurs : « l’Est abrite le crime, le Centre l’escroquerie, le Nord est le repaire de la misère et l’Ouest, celui de la luxure » (Erich Kästner). Le projet était de faire de notre héroïne, née en 1901 dans la banlieue berlinoise, une virtuose du violon. Elle deviendra une star de cinéma mais conservera toute sa vie la rigueur acquise dans sa formation de soliste, et elle cultivera toujours le chant : « Si elle n’avait rien d’autre que sa voix, dira son ami Hemingway, elle pourrait s’en servir pour briser votre cœur ». C’est à Berlin qu’elle rencontre son Pygmalion, Josef von Sternberg, qui entreprend de façonner l’image de Marlène : femme fatale, séductrice et pécheresse, aux traits androgynes.

En 1933 il n’y a plus de place pour Marlène Dietrich en Allemagne. Les nouveaux maîtres du pouvoir nazi l’accusent de s’être vendue au dollar. On trouvera encore des traces de cette propagande en 1960 ! Sa carrière se poursuit donc à Hollywood, où certains de ses films sont des chefs-d’œuvre. Engagée pour tourner, elle juge les détails de l’exécution du film, prévoit son avenir et ne se trompe pas. Cela lui vaut des inimitiés, ou au contraire une participation active à la réalisation, car elle est passée maître dans l’art des réglages de la lumière.

Marlène est une extraordinaire séductrice : hommes, femmes ont poursuivi cette actrice sensuelle, insaisissable, d’un glamour aussi fascinant que troublant. L’ouvrage donne le sentiment que parmi toutes ses conquêtes, seul Jean Gabin, réfugié un temps à Hollywood pendant la guerre, aurait pu devenir son mari. Il l’a quittée faute d’avoir pu envisager de fonder une famille avec une telle diva. Les qualités de Marlène sont pourtant nombreuses : incapable de rien refuser à ses amis, elle est drôle, cultivée, cuisinière réputée, et avant tout c’est une Prussienne qui ne saurait par définition avoir de faiblesse.

Marlène Dietrich est un mythe, une légende, comme l’est aussi Karl Lagerfeld son compatriote : même perfectionnisme, même volonté de fer pour préserver son image, même goût prononcé de la provocation. Star internationale, sa vie est liée à l’Histoire et Jean-Paul Bled nous le montre grâce à une remarquable documentation.

Jean-Paul Bled, Marlène Dietrich, la scandaleuse de Berlin. Perrin, 2019, 350 p., 24€

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