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Un malaise François ?

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Un malaise François ?

Alors même que les foules et les médias acclament le pape François, une quantité non négligeable de catholiques formés sous les pontificats de Jean-Paul II et de Benoît XVI sont désorientés par ses premiers dix-huit mois comme évêque de Rome. Qu’en est-il de ce malaise ?

Les médias friands de petites phrases, de postures photogéniques mais aussi de tout ce qui peut apparaître en rupture avec le passé ont réservé au nouveau pape un accueil triomphal. L’exemple type est la manière dont étaient relayés ses propos concernant les personnes homosexuelles tenus lors de son retour des JMJ : « Qui suis-je pour juger ? » Cette question, souvent sortie de son contexte, a fait le tour du monde et est devenue le symbole d’un pape qui serait enfin devenu cool. De même, le Synode sur la famille d’octobre 2014 a été perçu par beaucoup comme un moment où certaines questions taboues pouvaient enfin être de nouveau discutées. Comme si l’ère Humanae Vitae était enfin achevée et que la hiérarchie écoutait enfin les demandes et les besoins, pour ne pas dire les exigences, de la base. Derrière tout cela, se profile le débat récurrent depuis le début du Concile (mais en réalité bien antérieur) sur la manière dont l’église doit se situer face au monde moderne.

Un « Vatican III » ?

Le pape François renouerait-il avec « l’esprit du concile Vatican II » ? Certains observateurs n’ont pas craint de parler de « Vatican III » pour caractériser le dernier synode sur la famille tant la liberté des débats aussi bien dans la forme que sur le fond apparaissait inédite dans ce genre d’enceintes. Le pape François a exhorté les pères synodaux à parler avec franchise comme s’il souhaitait crever un abcès, celui de l’incompréhension de l’enseignement moral de l’église par une partie importante des hommes d’aujourd’hui. Mais en demandant au cardinal Kasper d’ouvrir les réflexions du consistoire de février 2014, consacrées à la famille, le pape François a semblé envoyer un signal à tous ceux qui critiquent la doctrine catholique sur la sexualité, le mariage et la famille. En effet, le cardinal Kasper s’est opposé à saint Jean-Paul II sur ces sujets, cherchant à ouvrir des voies « pastorales » afin, d’après lui, d’arrêter l’hémorragie des fidèles décontenancés par ce qui leur apparaît comme du rigorisme d’un autre âge.

Clivage entre progressistes et conservateurs

Certains points de la morale catholique sont en effet un véritable signe de contradiction pour la mentalité contemporaine. à l’heure du triomphe de la technique et de la liberté individuelle, l’enseignement magistériel sur le mariage est largement inaudible. Les débats autour du synode sur la famille se sont souvent focalisés sur cette question : le pape va-t-il faire évoluer la discipline actuelle concernant l’interdiction des sacrements de la réconciliation et de l’eucharistie aux fidèles divorcés et remariés civilement ? La réponse détermine le clivage entre conservateurs et progressistes. Bref, le pape François ne laisse pas indifférent : les plus éloignés de l’église et les fidèles critiques espèrent que l’église va enfin s’ouvrir au monde et les fidèles formés par Jean-Paul II et Benoît XVI ont peur que « baisser ainsi la garde » face aux exigences modernes soit une faute de prudence ; sans parler de l’inquiétude que leur cause l’indétermination de certaines déclarations papales qui ouvrent la porte à des interprétations divergentes voire opposées. Tentons modestement de saisir la cohérence du chantier auquel s’est attelé le pape François.

Sortir des dialectiques mortifères

Notre hypothèse est qu’il se situe dans la perspective d’un renouvellement de la méthode pastorale mais non de la doctrine. En effet, le pape François l’a dit lui-même : « Je suis fils de l’Église », soulignant par là qu’il assumait l’intégralité de l’enseignement de l’église. La question qui préoccupe ce pasteur est la suivante : comment rejoindre les gens pour qu’ils puissent rencontrer personnellement le Christ et se mettre à le suivre ? Son constat est que ceux qui se sont éloignés de l’Église ne la perçoivent souvent que comme un catalogue de normes morales. La vie chrétienne consisterait alors à respecter des principes, par définition non négociables, dans un monde où l’individu est mesure de toute chose. Dès lors, l’affrontement ne peut être que frontal et l’incompréhension maximale. Le pape François identifie le tragique de la situation. La morale chrétienne détachée de sa source apparaît comme absurde, inhumaine et devient, même, un contre-témoignage. Comment alors rejoindre les périphéries existentielles ? En inversant le dispositif de perception et en manifestant la bonté de Dieu et sa miséricorde avant les principes.

L’élan missionnaire que le pape François veut insuffler exige donc de se concentrer sur le cœur de la foi : « Le message que nous annonçons court plus que jamais le risque d’apparaître mutilé et réduit à quelques-uns de ses aspects secondaires. Il en ressort que certaines questions qui font partie de l’enseignement moral de l’Église demeurent en dehors du contexte qui leur donne sens. Le problème le plus grand se vérifie quand le message que nous annonçons semble alors identifié avec ces aspects secondaires qui, étant pourtant importants, ne manifestent pas en eux seuls le cœur du message de Jésus-Christ. Une pastorale en termes missionnaires n’est pas obsédée par la transmission désarticulée d’une multitude de doctrines qu’on essaie d’imposer à force d’insister. Quand on assume un objectif pastoral et un style missionnaire, qui réellement arrivent à tous sans exception ni exclusion, l’annonce se concentre sur l’essentiel, sur ce qui est plus beau, plus grand, plus attirant et en même temps plus nécessaire. La proposition se simplifie, sans perdre pour cela profondeur et vérité, et devient ainsi plus convaincante et plus lumineuse. » (Evangelii Gaudium, § 34-35)

Ainsi, contrairement à ce que pensent de nombreux progressistes et conservateurs, le pape François ne veut pas modifier la doctrine ; il cherche à répondre au défi que la mentalité contemporaine lance à l’évangélisation. Pour échapper à la dialectique mortifère laxisme/ rigorisme, il faut être touché au cœur, là où le Seigneur peut agir. La raison postmoderne est à ce point blessée dans son rapport à la vérité qu’elle devient un écran à la réception de l’évangile. Croire demeure bien sûr un acte de la raison mais cette dernière ne pourra saisir la cohérence de la foi et de la morale que lorsque la personne aura fait l’expérience du Christ et aura été touchée par sa bonté infinie.

De là, tout s’éclairera : tel est le pari pastoral de notre Saint-Père. Il est risqué mais appelle une confiance et un courage renouvelés. C’est donc bien dans la continuité des pontificats précédents qu’il faut lire le pape François, car son action pastorale s’appuie sur la riche doctrine développée par ses prédécesseurs et la présuppose. Là aussi, la seule herméneutique authentiquement catholique est celle de la continuité et non de la rupture.

* Dernier livre paru : Divorcés remariés, l’Église va-t-elle (enfin) évoluer ?, Desclée De Brouwer, 175 p., 14 euros.

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