Civilisation
Néron, la vie et la légende
Puisque les empires, les empereurs et leurs outrances occupent une bonne part des pages de ce numéro, revenons sur la figure de Néron, produit du système impérial romain.
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Avocat fiscaliste installé à Bordeaux, grand échalas blond et généreux, Thierry Bouclier s’est trouvé une passion pour les grands oubliés de la droite française : ce fut d’abord une biographie de Tixier-Vignancour (2003) qui le fit connaître et lui donna l’occasion de rencontrer Jean-Marie Le Pen à Montretout, puis un essai sur Pierre Poujade (2006) qui, curieusement, n’avait jamais ainsi été esquissé.
Avec curiosité et une belle énergie, il s’attaque ensuite aux écrivains de droite que le monopole de la presse Télérama – France Culture avait mis sous le boisseau. Il publiera ainsi coup sur coup trois petites biographies : Chateaubriant, avec un t, Benoist-Méchin et Drieu la Rochelle dans l’astucieuse collection Qui suis-je ? lancée à la fin des années 1990 par Georges Gondinet.
Il y a du Stephen Hecquet chez Thierry Bouclier : c’est un esprit libre et il fait preuve de courage. Mais l’époque a changé. L’avocat plaide peu et il concentre son talent dans l’écriture. Répondant au questionnaire Proust, Bouclier dit qu’il emporterait sur une île déserte Comme le temps passe de Brasillach (ce qui ne rétrécira pas son séjour) et que son héros de prédilection est François Sanders, dans Le Hussard bleu de Roger Nimier.
C’est sur Nimier que porte son dernier livre. L’insolence de Roger Nimier est restée chère à nos cœurs, tant elle est attachée à cette vie littéraire des années 1950, en contrepoint à la doxa sartrienne. La vie de Nimier est l’occasion pour Bouclier de convoquer les écrivains qu’il a aimés : ses maîtres comme Chardonne, Morand ou Fraigneau, ou ses presque contemporains Déon, Jacques Laurent et Blondin. Monarchiste et gaulliste (jusqu’en 1958), on sent qu’il n’avait pas, au fond, la tête à la politique. De Nimier, Jean Mabire disait qu’« il a quelque chose de tragiquement démodé. Il sent l’après-guerre comme certains de ses aînés sentaient l’avant-guerre. » Sans doute parce qu’il a eu le courage de défendre ses sulfureux devanciers, Céline et Rebatet, dont il appuya les livres quand il était conseiller littéraire chez Gallimard.
Le mouvement imaginaire des Hussards fut sans doute une impasse littéraire. Mais Laurent, Nimier et Blondin ont laissé derrière eux la trace d’un panache qui résiste aux outrages du temps. Cette biographie arrive à point nommé. Elle révélera Roger Nimier à une jeune génération largement insouciante, alors que viennent de paraître un Quarto chez Gallimard et un de ses romans oubliés : Perfide.

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