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L’histoire autrement

De l’art de comprendre, d’aimer, de prier

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L’histoire autrement

La chienne qui vous explique l’Union soviétique

Frédéric II, roi philosophe, préférait ses lévriers aux hommes ; Khrouchtchev, moins éclairé, n’aimait pas les chiens. C’est ce que nous apprend le livre d’Olivier Griette, Mémoires de Laïka (éd. Xenia). Cet écrivain fouineur a découvert que Laïka, la chienne envoyée dans l’espace à bord d’un Spoutnik, avait non seulement survécu, mais que, merveilleusement douée, elle avait laissé des mémoires, qui éclairent d’un jour canin les coulisses d’un pouvoir granguignolesque et sanglant.

Laïka nous raconte qu’elle fut d’abord chouchoutée par Staline, qu’elle appelle son « bon papy », puis qu’elle tomba entre les pattes de Khroutchtchev, paysan grossier, cruel et stupide, qui ne s’éleva si haut dans l’URSS que par le génie très particulier des rustres à savoir tirer profit des situations ubuesques. Heureusement pour Laïka, la femme de ce balourd sauva la brave bête, bien qu’elle ne pût empêcher que la mignonne fût choisie pour être la première cosmonaute, et donc une héroïne soviétique. Mais comme Laïka était trop intelligente pour se laisser enfermer dans ce destin atroce, elle y échappa comme vous l’apprendrez, puis coula des jours heureux dans la datcha du maître du Kremlin.

La finaude, bonne observatrice et portée à la réflexion morale, nous en apprend de belles sur le fonctionnement du système, et les raisons des succès balistiques et spatiaux des ingénieurs soviétiques, non pas comme un espion dégourdi, mais comme un chien qui vit à hauteur de chaussures et des bonnes odeurs instructives qu’elles répandent. Au fond, Olivier Griette pratique la méthode de l’historien du Grand Siècle, Antoine Varillas, qui recommanda de présenter les grands hommes dans leur privé, « en déshabillé », afin de comprendre les ressorts véritables des événements.

On devine l’humour dont cette chienne a été doué par son inventeur… Par exemple, Khrouchtchev a fait arrêter Béria et annoncer son procès retentissant. Quelques mois passent. Mme Khrouchtchev demande à son mari quand ce procès s’ouvrira. Comment veux-tu, répond-t-il, puisque Béria est mort depuis longtemps ! – Mais les révélations ? – Personne n’en voulait. – Et le procès annoncé ? – Il aura lieu à huit clos, Béria sera condamné, puis fusillé dans la foulée. « Au besoin, on montrera un sosie. Ne complique pas tout, Ninotchka ! » Les sosies, voilà une pratique capitale dans ce gouvernement vaudevillesque. Personne n’est ce qu’il paraît, personne ne fait ce qu’il est censé faire, personne ne sait même ce qu’il décidera quand le vent tournera. Le quiproquo est la clé de tout le système, et de cette histoire.

Olivier Griette traduit le russe de Laïka d’une plume alerte ; il écrit comme il pense, avec un sourire de narquois qui ne veut pas avoir l’air de vous tromper, et qui ne vous trompe pas en fait, puisqu’il n’invente que pour mieux faire voir les humbles vérités qui se dérobent par modestie, afin de ne pas déranger les esprits endormis. Il en résulte un livre qui réveille.

Beyrouth : plus elle est défigurée, plus on l’aime.

Le Liban des Libanais

Une autre manière de raconter l’histoire sans prendre de grands airs, c’est d’aller à la rencontre du petit peuple qui la subit. Nathalie Duplan et Valérie Raulin ont pris ce parti dans Un café à Beyrouth (éd. Magellan et Cie). Ces deux amoureuses du Liban nous conduisent à la découverte de la capitale libanaise, de son histoire et de son peuple.

Elles nous apprennent que la guerre civile, qui a coupé la ville en deux pendant des années, a moins défiguré Beyrouth que les margoulins qui ont pris prétexte de la reconstruction pour développer leurs trafics. Écoutons Thérèse, « l’image même de la femme libanaise » : pour elle, « ce pays était un paradis. Maintenant, c’est catastrophique. Même pendant le conflit, ce n’était pas aussi pitoyable. […] Il n’y a plus ni école, ni commerce, ni hôpital. Nous n’avons même plus l’électricité. Et tout cela, non pas en raison de la destruction, mais de la corruption. […] Mais je ne quitterai jamais mon pays. J’aime trop le Liban ! » Tout est dit, de l’état pitoyable de cette ville magnifique, et de l’amour du peuple libanais pour sa patrie.

Amour que les auteurs nous montrent partagé par beaucoup de visiteurs, dont le général de Gaulle, mais aussi les écrivains Lamartine, Nerval, Barrès, et tant d’autres évoqués, cités, rencontrés au détour d’un lieu qui les vit passer. Cet amour tient à de mystérieuses combinaisons : une histoire multiséculaire, une culture colorée de caravansérail, une architecture variée, diverse, surprenante, la beauté de la nature, un art de vivre à nul autre pareil, oriental, et cependant unique, tenant à l’âme de ce qu’on appela longtemps le Levant.

Les auteurs recherchent les gens simples, qui « sourient à la vie, même lorsque celle-ci est impitoyable avec eux », elles nous montrent leur gentillesse, leur courage, leur humour aussi, qui leur permet de rire de tout, même de la folie guerrière qui les prend parfois. Beyrouth est une ville de bagarreurs, d’assassins, qui se tirent volontiers dessus sans trop savoir pourquoi, puis se retrouvent dans certains lieux consacrés à l’art de vivre ensemble, comme l’hippodrome : « Tout Libanais garde en mémoire l’image de ces miliciens, ennemis de barricades, venant jouer et prendre place ensemble dans les tribunes, puis repartir s’affronter sur les champs de bataille. » Là aussi cependant, tout s’est dégradé, et ceux qui fréquentent aujourd’hui l’hippodrome ont plutôt « des allures de parrain », imposant leur présence « avec force ostentation, vocalises criardes et abondance d’alcool. »

Néanmoins, Beyrouth reste magique : elle met « sur le chemin de chacun, des trésors qui ne se dévoilent qu’avec le temps, après de longs moments prétendument perdus, autour d’un café partagé » avec les vrais Libanais, qui gardent presque tous la nostalgie de la France.

L’humble chemin de la prière

Il est bon, après ces évocation de la folie des hommes, qui n’en sont pas moins toujours aimés de Dieu, de demander à un moine ermite de Belgique qu’il nous éclaire ce mystère. Le père Benoît Standaert a tenu pendant quelques années un Journal de l’humilité, que les éditions Salvator publient, et dans lequel il nous offre quelques pistes d’une séduisante profondeur. Un journal se lit à petites étapes, comme on suit un chemin de pèlerinage. On y fait ses découvertes à pied, chacun pour soi. Je vous dirai celles qui furent pour moi les plus fortes.

D’abord que l’humilité consiste à aimer ses pieds, à les aimer parce qu’on ne pense jamais à eux, à qui on préfère la main. Parce que les pieds sont ceux qui nous portent sur la terre, en serviteurs modestes, et que le Christ a voulu laver les pieds de ses apôtres, dans un geste d’une grande sagesse. Et puis, que l’humilité oblige à s’intéresser aux petites choses, au bol que vous posez sur la table, à la tranche de pain que vous beurrez, au café qui rajeunit les narines, au jour qui commence avec ses gâteries merveilleuses : l’air frais qui vous caresse, la lumière revenue, les chants des petits oiseaux qu’on ne voit pas, et qui louent le Seigneur pour cette aurore qui prend la terre dans ses paumes.

Surtout, que Dieu est toujours sujet, et que lorsqu’on croit s’adresser à lui dans la prière dont il est l’objet, c’est Lui qui prie par notre corps, Lui qui est le sujet de la prière qu’on lui adresse, Lui qui s’exprime « en des gémissements ineffables », comme l’a dit saint Paul. Voilà pourquoi nous sommes prophètes, parce que le prophète prête sa bouche à la Parole de Dieu. Voilà pourquoi nous devons accepter d’être de ces petits chiens qui mangent les miettes qui tombent de la table du Maître, et ne pas nous lasser de humer les pieds des hommes.

Mémoires de laïka, Olivier Griette, Xénia Éditions, 16 €.

Un café à Beyrouth, Valérie Raulin, Nathalie Duplan, Éd. Magellan, 15 €.

JOURNAL DE L´HUMILITÉ, Benoît Standaert, Éd. Salvator, 22 €.

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