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L’heure est venue d’assister à la fin du monde, de voyager en Norvège et de s’interroger sur la peine méritée par un criminel.

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L’heure est venue d’assister à la fin du monde, de voyager en Norvège et de s’interroger sur la peine méritée par un criminel.

Deux lignes d’explosions ravagent la Terre. Cela se produit soudainement. Comme le disent les premières lignes du roman de Manon Fargetton : « On n’avait pas prévu ça. On avait prévu les tornades, les raz-de-marée, les éruptions volcaniques, les pluies de météorites, les catastrophes nucléaires, la montée des eaux, les bombes atomiques, la planète qui étouffe sous la pollution, la surpopulation, les épidémies, les manipulations génétiques qui tournent mal. On avait prévu la Terre qui se rebelle contre la connerie humaine. On avait prévu l’humanité qui s’autodétruit. Mais ça, on ne l’avait pas vu venir. »
L’auteur est née en 1987. Avec ce roman d’anticipation, elle plonge une dizaine de personnages dans d’étranges relations. Comment pourrait-il en être autrement… dix jours avant la fin du monde. Après, tout ne sera plus que ruines et cendres. Il n’y aura plus trace d’humanité. Ils savent donc ce qui va leur arriver. Ils savent aussi que le point de rencontre des deux lignes est en Bretagne. Aller là, c’est espérer encore. Fargetton écrit aussi un roman dans le roman, l’un de ses personnages étant écrivain. Il y a quelque chose du conte dans ce roman surprenant et frais.

Manon Fargetton, Dix jours avant la fin du monde, Folio S.F Gallimard, 2021, 450 p, 8,60 €

 


Le code de Katharina est le premier opus d’une nouvelle série de romans policiers signés Jorn Lier Horst et mettant en scène son officier de police préféré et récurrent, Wisting. La nouvelle série de l’écrivain norvégien né en 1970 est l’entrée en matière du « quatuor des cold cases », consacré à la nouvelle affection de Wisting, du moins à ce qui deviendra sa nouvelle affectation après Le code de Katharina : les affaires classées que le service rouvre du fait de l’apparition d’éléments nouveaux ou bien parce que des techniques récentes permettent de saisir de nouveaux indices. C’est le cas dans ce roman où les techniques de recherche d’empreintes et d’ADN permettent de reprendre l’enquête sur l’enlèvement et la disparition non élucidés de Nadia Krogh, fille d’un puissant industriel norvégien. Une affaire qui faisait la couverture des médias vingt-cinq ans auparavant. La perspective de pouvoir solder cette affaire et d’arrêter le coupable est la raison pour laquelle l’inspecteur Adrian Stiller débarque de la Kripos, la crim’ norvégienne et du service qu’il dirige, les cold case justement.
Or, l’enquête sur la disparition de Nadia Krogh n’est pas la seule qui préoccupe Wisting. Le policier fétiche de Horst a ramené chez lui des cartons d’archives, ceux de la disparition plus récente d’une autre femme, Katharina. Une disparition non élucidée elle aussi. Wisting est devenu l’ami de Martin Haugen, le mari de Katharina, et il garde discrètement un œil sur l’enquête reléguée aux archives. Une fois par an, pour « l’anniversaire » de la disparition de l’épouse de Haugen, il farfouille dans les cartons et les documents en quête de quelque chose qui lui aurait échappé. Il a aussi l’habitude de rendre visite à Haugen, qui l’attend avec du café et un gâteau. Mais cette année, Haugen n’était pas présent pour leur petit rituel…
L’enquête a conduit la Kripos à penser que Martin Haugen est coupable de la disparition de Nadia Krogh. Les deux affaires de disparition s’entremêlent-elles ? Cachent-elles des meurtres en série ? Quelque chose de plus terrible encore ? Ou de plus simple ? Première étape pour prétendre résoudre quoi que ce soit, il faudrait parvenir à déchiffrer le « code de Katharina », série de chiffres laissée sur un papier par la disparue sur la table de sa cuisine. Tout le monde s’y est cassé les dents. Et maintenant ?

Jorn Lier Horst, Le code de Katharina, Gallimard Série Noire, 2021, 450 p, 20 €

 


Le second roman de Marlène Charine se déroule sur les hauteurs d’Annecy. Inconditionnelles commence en 2016 quand le commandant Silke Valles, policière au prénom choisi par sa mère allemande, entreprend de raconter une affaire à un jeune lieutenant à peine arrivé dans le service. Pas n’importe quelle affaire, ni pour elle ni pour lui, ainsi que le montrera un roman dont il ne faut pas trop dévoiler, juste effeuiller légèrement afin de ne pas enlever l’envie de se le procurer et de le lire.
En 1998, Silke Valles a été appelée dans un petit village près d’Annecy afin de résoudre une affaire d’enlèvement de fillettes. Trois jeunes gamines disparues, les deux premières depuis dix jours, la dernière depuis peu. Avec son équipe, elle trouve le lieu de séquestration, dès les premières pages : une maison délabrée, au-delà d’Annecy. Le kidnappeur, visiblement dérangé mentalement, est tué lors de l’assaut, tandis qu’il s’apprêtait à ouvrir le feu sur les forces de l’ordre. L’une des trois fillettes enlevées est retrouvée dans une baignoire remplie de glace tandis que les deux autres sont recroquevillées, terrifiées. Comme le ravisseur est mort, Silke Valles, alors capitaine de police, et son collègue commandant, Basile, vont clore l’affaire. Ils doivent d’abord tout mettre en ordre, boucler le dossier, s’assurer qu’ils n’ont rien raté. Un roman à l’apparence classique. Il ne l’est pas. Dans Inconditionnelles, ce n’est pas l’histoire qui prime, même si elle est passionnante, mais ce qui est vécu par trois femmes, les mères des trois fillettes, trois femmes très différentes sur tous les plans. Le lecteur avance dans l’enquête, ses rebondissements, comme dans l’ambiance sombre du thriller à travers le regard, les pensées et les vies de ces trois femmes. Une réussite, ce roman, d’autant qu’il pose une vraie question : quelle peine mérite un homme qui a brisé la vie d’un enfant ?

Marlène Charine, Inconditionnelles, Calmann-Lévy « Noir », 2021, 398 p, 20, 50 €

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