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Les Lyonnais, d’Olivier Marchal

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Les Lyonnais, d’Olivier Marchal

La couleur est sombre mais les images claquent comme un mitraillage en plein jour. Le cadre est serré, le montage, trépidant. Tout est là, sur le plan du langage, pour saisir le spectateur au plus profond de sa sensibilité à la violence. D’un point de vue rétinien, c’est efficace en diable. Pour autant, Les Lyonnais, ce n’est pas à proprement parler un polar, mais un film d’action haché menu par des retours en arrière fréquents -trop fréquents?- où doit se lire la trame du récit. C’est un style. Est-il approprié? Oui, si l’on penche vers un climax du débat intérieur de Momon, alias Edmond Vidal, chef de gang. Non, si l’on attendait une saga à la Coppola où les Gitans de Lyon seraient le pendant français des Corleone de New York. Dans cette œuvre filmique flamboyante, inspirée par les exploits de voyous qui ont réellement sévi dans les années 70, le scénario fait sans doute la part trop belle à une fiction concoctée pour offrir un épilogue «moral» à une célèbre mais brutale épopée du banditisme français. Certes, on y montre la réalité criminelle de braquages spectaculaires, les sanglants règlements de compte internes, les louches ramifications avec le SAC et ses anciens barbouzes, tueurs de Français dans les dernières années de la guerre d’Algérie et devenus pourvoyeurs de fonds sans foi ni loi du parti gaulliste d’alors. Certes, on y montre des méthodes policières parfois ambiguës. Mais, la peinture très «humaniste» de ces malfrats un peu magnifiés, force le trait d’un mythique «code d’honneur», nœud de l’intrigue, allant jusqu’à conférer quelque vertu sinon une loyauté rédemptrice à des exactions qui ne relèvent, au vrai, que d’une criminalité qui, pour être audacieuse, n’en est pas moins ordinairement navrante. Le film a d’ailleurs, à juste titre, fait réagir le fils du juge Renaud, victime présumée de ce gang. Il vient de publier une biographie de son père (Justice pour le juge Renaud, Éditions du Rocher 376 pages, 19 euros) montrant assez clairement, par son enquête, la responsabilité, sinon l’action directe des Lyonnais dans l’assassinat du magistrat. L’affaire a fait, en 1976, l’objet d’un film, Le Juge Fayard dit le Shériff, d’Yves Boisset, l’une des œuvres les plus réussies de ce cinéaste. Patrick Dewaere y incarne un juge aux méthodes peu orthodoxes mais redoutées par les truands de tout poil. On y évoque aussi les liaisons douteuses mais fructueuses reliant de dangereux voyous à quelques milieux politiques. Le film connut un certain succès. Le cinéma français a, de Clouzot à Verneuil une longue tradition du genre policier. Le cinéma américain en a inventé une autre, plus violente, dès Scarface de Howard Hawks en 1931, dont Brian de Palma tourna un remake en 1983 ; genre servi aujourd’hui par les frères Coen ou Tarantino. Les Anglais, maîtres du suspense, surent y instiller, à l’instar d’Hitchcock, une incomparable note d’humour. Le cinéma japonais a, pour sa part, produit les films yakusi qui répondent à des canons parfaitement codés. Olivier Marchal, lui, dans une trilogie épatante (Gangsters, 36 Quai des Orfèvres, MR 73) a inventé son propre genre, mi social, mi polar, qui scrute de l’intérieur un milieu qu’il connaît bien, celui des policiers: des agents de la loi dont il touche la fragilité du bout d’une caméra-scalpel sans concession. Mais aujourd’hui, avec Les Lyonnais, il semble vouloir passer de l’autre côté de la barrière. À l’évidence, cela lui réussit moins bien. C’est à la fois trop et trop peu : trop taillé à coup de serpe pour approcher de la subtilité poétique d’un Melville du Cercle rouge (1970); pas assez sulfureux pour égaler le paroxysme dévastateur d’Un Prophète (2009) de Jacques Audiard . Reste que le duo Gérard Lanvin-Tcheky Karyo fonctionne à plein et que la réalisation est techniquement nette et sans bavure. Néanmoins, le propos convenu plaidant pour un héros douteux, installe un flou artistique et narratif qui finit par ennuyer le spectateur entre des scènes d’une extrême violence. Dommage.

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