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Les femmes et l’universel

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Les femmes et l’universel

La philosophe féministe Geneviève Fraisse a regroupé des fragments (interviews, articles de journaux) qui sont autant des commentaires de l’actualité que des réflexions philosophiques ou des exercices d’admiration. Evidemment, ce genre d’ouvrage n’évite pas les redites (un certain nombre de textes sont centrés sur l’affaire « balance ton porc ») et n’a pas la rigueur académique d’un essai, mais il permet d’entrer au cœur de la pensée de Geneviève Fraisse et de constater ce qu’elle a d’admirable et en même temps de contestable. Indubitablement, elle est une philosophe qui manipule des concepts et pas une historienne comme de trop nombreuse personnes l’ont dit. Elle est rigoureuse avec un style clair. Ce qui ne l’empêche pas d’avoir des approches généreuses, comme peuvent l’avoir les philosophes universalistes à l’ancienne, avec son souci d’inscrire les femmes dans le chemin de l’universel en leurs accordant une dignité et en les valorisant dans l’histoire. Cette position positive qui ne se veut jamais en surplomb, mais comme celle de la colporteuse, est passionnante quand elle promeut des figures féminines mais peut étonner par sa prétention à la subversion. Toute tradition étant critique, l’interroger ou en faire émerger des figures restées dans l’ombre ne semble pas être une activité subversive mais bien tout ce qu’il y a de plus classique. On peut accorder à l’auteur quʹinterroger le stock et le flux sous l’angle de la différence des sexes lui est personnel et que c’est une thématique plutôt récente. Mais est-ce aussi novateur qu’elle le dit ? Est-ce que l’histoire et la philosophie sont aussi résistibles à sa démarche qu’elle le prétend ? Cela n’est pas sûr.

Un autre étonnement est son refus affirmé de traiter les questions d’identité tout en ne s’attachant jamais à une analyse anthropologique. La question de la distinction des sexes est tout entière englobée dans la problématique du contrat sexuel théorisé par Carole Pateman, qui donne aux hommes le droit sur le corps des femmes et qui est dans le contrat social. Mais il n’est pas sûr que le contrat social ait une quelconque validité philosophique et politique ; et le fait que le contrat sexuel soit refoulé ne le rend pas plus existant que le premier. Évidemment, nous trépidons de plaisir à l’idée de cracher à la face du libéralisme contractualiste, mais on ne peut rester que songeur devant cette manière de ne jamais poser le problème autrement et de ne jamais essayer de faire un pas de côté.

Malgré ces interrogations, on lira avec intérêt le livre de Geneviève Fraisse, jamais ennuyeux par son caractère fragmentaire, car sa réflexion, dans son paradigme, est toujours stimulante, savante et avisée (sauf dans un article sur Benoît XVI) et nous offre de très émouvants portraits de femmes.

Geneviève Fraisse, Féminisme et philosophie. Gallimard, 2020, 368 p., 8 €

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