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Figures de femmes sous Napoléon

Il n’y a pas qu’aujourd’hui que les femmes savent se battre. Florence de Baudus qui a l’art de la biographie et notamment de la biographie féminine, s’est intéressée à la vie de douze femmes dont le destin s’est joué à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle au milieu des bouleversements de l’aventure napoléonienne.

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Figures de femmes sous Napoléon

L’année Napoléon qui vient de s’écouler, a saturé le public d’ouvrages dont la plupart tournaient autour de la figure du grand homme. Mais peu envisageaient de manière concrète ce que furent les conséquences directes des décisions prises par celui qui, du consulat à l’empire, a constamment cherché à imposer sa vision personnelle de l’ordre public et de l’organisation européenne. Il ne s’agit ici ni de l’esclavage ni des conceptions philosophiques qui firent l’objet d’assez vaines discussions. Ni même de féminisme à usage idéologique !

Qu’ont vécu les peuples européens sous cette férule ? Pour en avoir l’idée, le mieux est de s’attacher à douze princesses, plus ou moins souveraines selon leur état, qui se sont trouvées en responsabilité dans les situations nouvelles et sans cesse changeantes créées par Napoléon, où les sommets pouvaient côtoyer les abîmes. Et pourquoi des princesses ? Parce qu’elles ont traversé leurs épreuves avec des passions plus vives, en raison de leur fidélité soit conjugale, soit familiale, en raison surtout de leur maternité qui était leur grande raison d’être.

Extrêmement bien documentés, comme d’habitude chez Florence de Baudus, ces récits sont poignants. Quelle époque ! Et souvent quel courage ! Quelquefois sans soutien autre que la haute idée qu’elles avaient de leur rôle. Marie-Louise de Bourbon d’Espagne, affligée d’une triste famille, qui, reine d’Étrurie par la grâce de Napoléon, se débat contre l’étau impérial qui ne cesse de se resserrer. Mais aussi bien les sœurs de Bonaparte, Élisa grande-duchesse de Toscane ou Marie-Caroline, reine de Naples et de Sicile, qui soutinrent leur droit avec un grand sens politique. Celles qui affrontèrent Napoléon et qui finalement précipitèrent sa chute, après l’avoir habilement trompé, l’impératrice Élisabeth de Russie née Louise de Bade, la reine de Prusse, Louise de Mecklembourg-Strelitz, celle qui satisfit à la plus parfaite vengeance, fondatrice de la Prusse moderne et initiatrice de l’Allemagne unifiée. Les proches de l’empereur, Hortense et Stéphanie de Beauharnais, la première reine de Hollande par son mariage avec Louis, le frère rebelle, la seconde grande-duchesse de Bade, Joséphine leur mère et tante, l’impératrice idolâtrée et délaissée, et Marie-Louise qui, livrée à l’ogre par diplomatie, réintégra le cercle des Habsbourg dès 1814 ; Catherine de Wurtemberg qui devint reine de Westphalie par son mariage avec le plus jeune frère de Napoléon, Jérôme, et qui, elle, resta fidèle à un empereur qui ne cessait pourtant de reconfigurer la carte de l’Europe sans tenir compte des intérêts historiques. 

Lisez ces portraits. Ils sont saisissants. C’est aussi la meilleure manière de se promener avec un regard lucide dans l’Europe de Napoléon. Et de comprendre l’inéluctabilité de sa chute, tant la démesure d’un interventionnisme perpétuel et tatillon, sous couvert de sagesse et d’ordre politique, inspire toutes ses pensées dont ses lettres et ses consignes portent témoignage. Pareille entreprise ne pouvait que s’achever dans un désastre dont le Congrès de Vienne prit acte, ce que montre en sa conclusion Florence de Baudus. Un livre aussi instructif que divertissant. 

 

 Florence de Baudus, Napoléon face aux souveraines de son temps. Perrin, 443 p., 24 €

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