Tribunes
PAS N’IMPORTE QUI
Quand il entra à l ’école primaire, son père lui offrit des crayons de couleur.
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On l’a dit dans ces pages à plusieurs reprises, sous plusieurs plumes : Bruno Lafourcade est un très bon écrivain.
Il est drôle, il est juste, il est féroce, il est précis, il est savant, il aime aller loin dans ses imaginations autant qu’il cite longuement les véritables et authentiques absurdités de ses contemporains. À chaque fois il en tire les meilleurs effets. Dans Les Hyaines, il se surpasse. Dès le titre, qui mêle haine et hyène, on sent que da maîtrise de la langue va s’épanouir dans ce qu’il paraît maîtriser le mieux, la description effarée, exacte et exaspérée de notre malheureuse époque à travers ses hérauts : gauchistes décérébrés, sottes illettrées, politiques pervers, les hyaines forment « un bestiaire de militantes sur-indignées, de patriotes sans orthographe et d’adolescentes sans père ». On aimerait tout citer car le titre de chaque chronique, de chaque article, de chaque nouvelle est déjà en soi une trouvaille prodigieuse qui réussit à nous intriguer, à lancer notre méditation sans même avoir commencé le texte ! L’Anglobé, Les Engeôleurs, Le Rhinocérat, L’Inoccidable, L’Indigénisse… On soupèse le mot, on évalue les délices à venir, on suspend un instant sa lecture avant de plonger. Et l’étiquette ne ment pas : qu’il s’agisse de moquer Sandrine Rousseau ou Mémé Césaire (Christine Taubira, « Mémé Césaire », cuisinée façon purée dans L’Albatroce) ou d’imaginer de terrifiantes utopies exaltant la graisse au point d’emprisonner les maigres, gavés de force (avant qu’eux-mêmes ne réussissent à prendre le pouvoir, etc.) ou de décrire le rhinocérat, « qui a une vision si vertueuse de la vérité, [et] a aussi de la réalité une vision viciée, de sorte que vérité et réalité, dans le choc de leurs trajectoires opposées, produisent toujours chez lui des étincelles grotesques », la bête fabuleuse décrite a un poids de chair indéniable, une évidence redoutable, on l’a croisée, ne serait-ce qu’en écoutant une jeune féministe dans le métro ou un « débat » à la télévision ou en consultant un rézoo (comme les nomme Lafourcade). On ne peut pas résumer un tel livre puisque la cinquantaine de textes sont à la fois indépendants et liés par la verve, le style, et une certaine joyeuse résignation : à défaut de rectifier les idées fausses, rions des travers de nos ennemis ! semble dire l’auteur. Un fil court ainsi à travers les pages : il est juste et nécessaire de dénoncer notre époque, et tout aussi juste d’être plein de commisération, ou de tendresse un peu vache, pour les spécimens étudiés : ils ne sont ni joyeux, ni heureux, c’est évident, et ne s’épanouissent que dans l’insulte et surtout l’exercice d’une vertu mauvaise qui juge, condamne, exécute. Bruno Lafourcade ne juge pas, il expose. Il ne condamne pas, il souligne. Il n’exécute personne, il constate le suicide. Nous, nous rions.

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