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Eglise de France : les surgeons d’un renouveau

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Pour Politique magazine, le journaliste et essayiste Gérard Leclerc brosse à grands traits un tableau de la situation de l’église en France. Au-delà des chiffres, il montre en quoi le catholicisme français demeure une force sociale sans équivalent, comme l’a démontré la mobilisation contre le « mariage pour tous » (photo). Pour de plus amples développements, on se reportera à sa riche bibliographie et à son blog : leclerc.gerard.free.fr.

A partir des données de la sociologie classique, fondée essentiellement sur les statistiques, il est toujours possible de dresser un état des lieux de l’église catholique en France. De ce point de vue, toutes les informations nécessaires sont disponibles, la sociologie religieuse ayant acquis ses lettres de noblesse depuis plusieurs décennies. Mais on est très rapidement conduit à des constatations pénibles, toutes les données, surtout comparées dans la longue durée, faisant apparaître plus qu’un effondrement.

Sur la foi des chiffres de la pratique dominicale, des courbes des vocations, du vieillissement du clergé, il ne fait aucun doute que le catholicisme, en France, est en voie de quasi-disparition. Et pourtant, on est obligé de contredire ces évidences. Pourquoi ? Tout simplement parce que si l’on considère la réalité de l’église catholique actuelle dans le paysage français, on doit reconnaître qu’elle demeure une des forces vives du pays.

Le succès des jmj
Un exemple. Lors des Journées mondiales de la jeunesse qui ont eu lieu à Madrid en 2011, ce sont 50 000 jeunes Français qui se sont retrouvés dans la capitale espagnole, à l’appel du pape Benoît XVI. Quelle autre organisation sociale serait capable d’une pareille mobilisation à l’heure actuelle ? Aucune. Autre exemple : si l’on fait le tour des paroisses parisiennes, on se rend compte qu’elles sont pour la plupart extrêmement vivantes et qu’elles témoignent d’un tissu social où les générations se mêlent, avec une forte proportion de familles avec enfants et de jeunes gens. Et si l’on fait le tour de la France, on s’aperçoit que dans chaque métropole se retrouvent ce type de paroisses, douées d’un dynamisme aux antipodes d’un monde en voie d’extinction.

Pour comprendre la situation actuelle, on peut entreprendre une analyse d’un type particulier, en mettant en parallèle le catholicisme français d’aujourd’hui et celui d’après la Libération. En forçant un peu le trait, on peut dire que les années d’après-guerre furent marquées par un recours à une théologie soutenant la pratique de l’action catholique qui, à partir d’une problématique démocrate-chrétienne portant sur l’engagement social, a glissé vers des positions appelées « progressistes ». La sensibilité de gauche d’une grande partie du clergé et des militants de l’action sociale catholique s’est affirmée avec une évidence que l’on retrouve dans la tonalité de la presse confessionnelle. Elle s’est concrétisée ensuite par le passage au vote socialiste dans les régions de l’Ouest, de tradition massivement chrétienne.

1975 : la césure
Or ce catholicisme de gauche, précisément, s’est effondré dans les années soixante-dix, tandis que son personnel s’est comme évanoui dans la nature. Nulle passion polémique dans cette constatation : des études, faites par des universitaires de sensibilité progressiste, signalent la disparition brutale de cette réalité sociologique. était-ce inéluctable ? Sans doute : il y avait une sorte de pélagianisme dans une telle conception ; elle laissait penser que la grâce du Salut était superflue dès lors que l’Histoire était lancée sur la voie du meilleur des mondes. Cette césure se situe aux alentours de 1975. Une date symbolique, puisque Paul VI en fit une année sainte, pour relancer l’évangélisation à la suite de la crise post-conciliaire qui n’a cessé de l’alarmer.

Trois ans plus tard, l’extraordinaire avènement de Jean-Paul II va non seulement faire basculer l’Histoire, mais encore engager l’église dans une action apostolique de réévangélisation du monde. Partout, Karol Wojtyla veut ranimer les énergies. Singulièrement en France, lors de son premier voyage en mai-juin 1980, où il lance la fameuse apostrophe : « France, fille aînée de l’église, qu’as-tu fait des promesses de ton baptême ? » Sur le moment, cet appel est très mal reçu par tous ceux qui restent accrochés à la pastorale ancienne et perçoivent négativement ce pape polonais qui bouscule leur idéologie.

Mais l’effet sera durable et profond. Les communautés nouvelles, qui viennent de naître – et avaient d’ailleurs été reconnues par Paul VI –, vont être littéralement propulsées dans la dynamique du pontificat. L’exemple des sessions organisées par l’Emmanuel à Paray-le-Monial éclaire bien ce phénomène. Voilà quarante ans qu’elles durent, rassemblant des milliers de participants. D’un haut lieu de la mystique française, l’Emmanuel a su faire une école de la nouvelle évangélisation, avec l’enracinement spirituel profond qu’elle suppose.

Une force sociale sans équivalent
Le fait n’a pas échappé à Gaël Brustier, auteur d’un essai important sur les origines de la Manif pour tous (Le Mai 68 conservateur, Cerf) : « Ces sessions consistent pour l’essentiel en des temps de réflexion, de prière, de partage. Les prises de position relatives aux questions de société, bioéthiques et autres, font l’objet de débats. Le rapport à Dieu y est personnel et démonstratif, le témoignage considéré comme naturel, voire impératif. Ce mélange d’individualisation de la Foi, d’approfondissement doctrinal et de propension à aller au devant des non-croyants est une des marques de fabrique, et une des raisons du succès de ces rencontres. » Brustier a parfaitement compris qu’autour de Paray-le-Monial, se retrouvaient aussi toutes les figures épiscopales les plus missionnaires. Il y discerne avec raison une des principales sources des animateurs de la Manif pour tous.

Or, la Manif pour tous apparaît comme l’expression directe de la vitalité de l’église de France. Ceux qui croyaient à la disparition du catholicisme français se sont frotté les yeux. Brustier parle d’un nouveau Mai 68, « conservateur », précise-t-il. On peut discuter du qualificatif mais il a le mérite d’une certaine transparence. Loin d’être une réalité sociologique résiduelle, le catholicisme français constitue une force sociale sans équivalent.

Et cette force, qui s’enracine dans le long passé du christianisme, depuis ses origines, est en même temps le fruit de ce que nos amis protestants appellent un revival. Il s’agit d’un surgeon, ou d’une série de surgeons, qui fleurissent sur une terre où on ne les attendait plus. D’autres surgeons ont grandi ailleurs que dans la mouvance charismatique. Pour certains, ils s’apparentent à des mouvances traditionalistes. On peut signaler l’étonnant développement de la communauté Saint-Martin. De même est-il difficile de ne pas insister sur l’influence du génie d’un Jean-Marie Lustiger, à la base de la vitalité actuelle du diocèse de Paris.

Faut-il rappeler qu’il fut imposé par Jean-Paul II et qu’il n’était guère le bienvenu ? Son épiscopat fut marqué par une série ininterrompue d’initiatives et de créations nouvelles, depuis un nouveau séminaire jusqu’à la fondation du collège des Bernardins, en passant par l’école cathédrale, Radio Notre-Dame, KTO, etc. à l’heure où l’on fermait les institutions, Lustiger les réinventait. Alors qu’il était question de désaffecter des églises, lui n’avait de cesse que d’en construire de nouvelles. Il ne faut pas s’étonner des résultats qui ont confirmé les intuitions du cardinal alors qu’il avait été en butte aux plus vives contestations.

Tous ces surgeons expliquent ainsi l’explosion de mai 2013. Mais ils ne peuvent faire oublier que l’église de France peine à se reconstruire dans de vastes zones du territoire, dont les parties rurales sont sinistrées. On pourrait, pour l’illustrer, reprendre le tableau explicatif de Christophe Guilluy dans son essai remarquable sur La France périphérique (Flammarion). Cette France-là est à la peine spirituellement, alors que les grandes métropoles sont mieux armées. Mais au sein des diocèses en difficulté, des monastères, des communautés affirment un rayonnement, promesses d’autres renouveaux…

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