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Deux saints au gouvernement de l’Église

Admirable cardinal Merry Del Val. Il ne fallait pas moins que la science aussi vaste que sérieuse et la plume habile et nuancée de Roberto de Mattei pour peindre cette figure si éminente en vertus, en qualités, en noblesse et en sainte simplicité. Sa carrière commença sous Léon XIII qui l’avait remarqué, connut son apogée sous saint Pie X dont il fut l’étroit collaborateur à la Secrétairie d’état et l’ami et confident, s’achèva sous Pie XI dans des difficultés renouvelées.

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Deux saints au gouvernement de l’Église

Issu d’une famille aristocratique, espagnol par sa lignée paternelle, il était apparenté à la vieille Angleterre, aux anciennes familles d’Écosse, il avait des liens avec l’Irlande, avec les Pays-Bas, la Belgique, avec plusieurs pays d’Europe dont l’Italie et le monde germanique, essentiellement autrichien. Il était polyglotte, s’exprimait sans accent en cinq langues sans compter le latin.

De très solides études et surtout des capacités étonnantes lui permirent très jeune de dominer les questions les plus difficiles, tant théologiques que juridiques, tant politiques qu’institutionnelles. Il parvint à des postes importants en raison de sa vive intelligence et de son extrême amabilité. Cependant, il gardait par devers lui le secret de sa constante disponibilité et de son accueillante humilité, qui était dans sa foi et sa vie intérieure de sainteté. Déjà sous Léon XIII, il se fit remarquer, notamment dans son intervention décisive à propos de la validité des ordinations anglicanes, où il semble bien que ce soit lui qui ait amené le pape hésitant à trancher dans le sens de l’invalidité en dépit des avis opposés.

Leur grand combat fut mené contre l’ennemi de l’intérieur

Secrétaire du conclave de 1903, malgré ses jeunes trente-huit ans, il devint à cette occasion très proche du cardinal Sarto et fut l’un de ceux qui décidèrent le futur Pie X à accepter la charge du pontificat. Alors il devint son secrétaire d’État et son ami. À tous les deux, ils affrontèrent les ennemis de l’Église, à l’extérieur, en France particulièrement, où les anticléricaux de la franc-maçonnerie qui tenaient la République décidèrent non seulement de rompre avec l’Église, mais encore de la persécuter, par la spoliation, l’expulsion des congrégations, l’asservissement. Pie X et Merry Del Val firent face admirablement avec une énergie indomptable, redonnant courage à un épiscopat quelque peu timoré. Ils refondèrent l’Église de France à eux deux. Les autres pays aussi se mirent de la partie. Mais leur grand combat fut mené contre l’ennemi de l’intérieur : d’un côté, le modernisme qui prétendait accommoder la foi aux idées du jour, à la modernité, de l’autre le progressisme qui voulait entraîner l’Église dans le renouvellement démocratique de l’univers. À quoi se mêlait l’américanisme qui était une théorie de la liberté qui se hissait au-dessus de la Révélation divine. Triple erreur qui se retrouve pour ainsi dire telle qu’elle aujourd’hui. Pascendi, Notre charge apostolique, se révèlent aujourd’hui d’une cruelle actualité.

Roberto de Mattei qui connaît tout, étudie tous les cas particuliers, dans un sens comme dans l’autre, les hyperzélés qui faisaient pendant aux hypercompromis ! Pie XI nomma Merry Del Val au Saint-Office. Ce qui lui permit de nommer son ami Gasparri à la Secrétairie d’État. Les choses changèrent. Gasparri, c’était la tradition Rampolla. Les mêmes ambigüités et, en arrière fond, les mêmes perversités. La condamnation de l’Action française fut un signe entre autres. Merry Del Val devait comprendre que Pie XI n’était pas Pie X. Il connut des heures douloureuses. Et sa mort reste encore quelque peu un mystère. Livre passionnant à lire. Surtout pour qui connaît déjà ce qu’on appelle aujourd’hui les problématiques de l’Église.

 

Roberto de Mattei, Merry Del Val. Un cardinal pour hier et pour aujourd’hui (1865-1930). Contretemps, 440 p. , 22 €

 


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