L’auteur des aventures de Sherlock Holmes a lui-même une vie aventureuse, comme il intitule ses mémoires incomplets.
Ce ne sont que chasse aux phoques où il tombe à l’eau, chevauchées dans le désert sous une pluie diluvienne, campagnes guerrières noyées de dysenterie et campagnes électorales écossaises, encore plus redoutables que tout le reste réuni. L’écrivain s’en sort à chaque fois, visiblement né sous une bonne étoile et persuadé qu’être britannique vaut toutes les amulettes et tous les sauf-conduits. On s’enchante de ses plongeons glacés, qu’il raconte avec bonne humeur, on regrette qu’il ne détaille pas plus ses méthodes d’écriture, on enrage qu’il ne dise rien des fées dont il croyait qu’elles avaient été photographiées. Sa Vie aventureuse pourrait être celle de n’importe quel gentleman protestant à cheval sur le XIXe et le XXe siècles, qui n’aurait écrit aucun chef-d’œuvre méconnu (ah, le brigadier Gérard !) ni mené aucun combat social : François Rivière, dans une intelligente préface, tente de combler un peu les trous mais ne fait qu’aiguiser notre faim… Mais on pardonne tout, ou presque, à Conan Doyle, ce jolly good fellow totalement inconscient des méfaits de l’Empire britannique au point de considérer que la guerre contre les Boers fut menée dans le respect de l’adversaire : ce sont les pages les plus étonnantes et les plus désolantes. On se console en repartant lire la chasse aux phoques (l’auteur aurait pu être Jack London), on écarquille les yeux sur ses souvenirs d’études de médecine ou la manière dont il lança la pratique du ski à Davos, on les ferme quand il parle catholicisme. On se prend même à sourire devant ces mémoires d’un écrivain qui a l’air de considérer que raconter ses livres n’a aucun intérêt. Lisez Ma Vie aventureuse et (re)lisez les aventures du professeur Challenger !
Arthur Conan Doyle, Ma Vie aventureuse. Les Belles Lettres, 2026, 256 p., 15,90 €

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