Xavier Eman regarde l’époque avec un dégoût gourmand. Une fois qu’il a engrangé de quoi désespérer un fidèle assez engagé sur la voie de la sainteté, il s’assied à son bureau et trousse une saynète désopilante qui le soulage et fait nos délices.
Le malheureux rossé pour avoir refusé une cigarette à un noir puis embarqué par la police qui le trouve raciste ou le trumpiste du Vésinet déçu par la prise du Capitole (l’auteur tape avec autant de bonheur sur les droitardés que sur les gauchistes) ne sont que deux avatars du Citoyen tel que l’imagine Xavier Eman : une baudruche aux mille visages, toujours victime des autres, d’elle-même et de ses espoirs déçus (mais stupides dès l’origine), et aussi de la technique, forcément traître. Bref, on se croirait chez un auteur latin qui aurait appris à voyager en métro. On mesurera par là à quel point son œuvre est en fait pleine d’abnégation puisqu’il filtre pour nous l’odieux et, l’ayant distillé, nous le rend sous une forme délicieuse, où la morale douteuse des temps, son vocabulaire relâché, ses personnages grotesques ou falots, composent de brefs feux d’artifice narquois, qui rappellent parfois certains des textes de Bruno Lafourcade.
Xavier Eman, Une fin du monde sans importance. La Nouvelle Librairie, 2026, 224 p., 14,90 €

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