Recevez la lettre mensuelle de Politique Magazine

Fermer
Facebook Twitter Youtube

Article consultable sur https://politiquemagazine.fr

L’ami arménien

Avez-vous lu L’ami arménien d’Andreï Makine ? Ce court roman, aux tranches jaunes, nous plonge dans l’affection d’un narrateur orphelin et d’un garçon fragile, au fond d’une colonie sibérienne. L’un n’a d’autre identité que celle des coups, ceux de la violence juvénile de l’école et des dortoirs, l’autre a abouti dans ce fond de Russie en raison d’un trop plein d’identité, dans les valises d’une dizaine d’Arméniens venus suivre leurs parents incarcérés par la Russie soviétique après un complot révolutionnaire avorté.

Facebook Twitter Email Imprimer

L’ami arménien

Alexander Patrin/TASS/Sipa USA/67813249/BF/2602181651

Quand l’orphelin se laisse toucher par la profondeur de son acolyte, étonnante pour son jeune âge, l’autre laisse patiemment percer ses mystères, son origine, un mal étrange qui le ronge, un abri qu’il construit collé à la prison où croupissent ses compatriotes. Bref, deux jeunes hommes qui apprennent la vie et qui s’éveillent à une fraternité mi-adolescente, mi-mûre, rien de révolutionnaire à ce canevas.

Il nous comble pourtant, puisqu’il tisse le récit au milieu d’une sourde question identitaire : dans un bout du monde, l’orphelin s’approche de la généalogie sanglante du peuple arménien, des horreurs du génocide ottoman, notamment à travers une fillette dont le cadavre ne sera identifié que grâce à la peluche qu’elle ne quittait pas, mais aussi de l’ascendance toute proche d’une mère qui a adopté le frêle Varan, l’ami arménien. L’identité d’un peuple est comme résumée dans cette petite troupe d’une dizaine de Caucasiens venus suivre ceux qu’ils aimaient et dont ils redoutent la condamnation.

Paru en 2021, année de la reprise des assauts de Bakou contre l’Arménie éplorée, ce texte nous interroge alors que la cause arménienne est désormais devenue particulièrement ambiguë pour tous les analystes internationaux.

Il faut que l’Arménie choisisse un avenir à elle, pour elle

Que dire du pouvoir de Nikol Pachinian, actuel Premier ministre du pays, en pleine dérive autoritaire, et qui proteste très mollement contre les folles condamnations qui accablent les anciens dirigeants de la République d’Artsakh, poursuivis dans des comédies de procès chez les agresseurs azerbaidjanais ? Que dire de la lutte fratricide qui déchire la société arménienne, avec un État qui multiplie les mesures contre l’Église, qui enferme des opposants pour de simples critiques tout en continuant à recevoir un soutien européen absolument immodéré ? Que dire des caricatures présentées en Europe, où toute critique concernant l’évolution des nouvelles classes dirigeantes du pays est assimilée à une reprise fainéante des éléments de langage de Moscou ?

En juin prochain, des élections législatives auront lieu en Arménie Il faut espérer qu’elles ne seront pas l’occasion d’un jeu de dupe tant l’avenir du pays est intégralement dépendant de la vertu et de la sincérité de ceux qui dirigeront Erevan demain. Alors que le protocole signé par les belligérants le 8 août 2025, sous l’égide de Donald Trump, ressemble à s’y méprendre à un traité inégal et transitoire, il faut que l’Arménie choisisse un avenir à elle, pour elle, sans verser dans aucun irénisme diplomatique, à l’ouest comme à l’est.

La diaspora arménienne doit encourager cette voie d’équilibre, sans se laisser instrumentaliser par les différents camps, et sans oublier sa grande distance matérielle avec ceux restés au pays. Si elle interpelle régulièrement, et avec efficacité, les pouvoirs publics en France pour gagner de la sympathie pour sa cause, elle a aussi pour vocation d’aider ceux qui restent à relever l’économie, les institutions, l’avenir d’un pays dont l’existence est si chère aux Français. Tout indique que le futur de l’Arménie tient à un fil. Nous ferions tous bien de relire L’ami arménien avant juin prochain.

 


Politique Magazine existe uniquement car il est payé intégralement par ses lecteurs, sans aucun financement public. Dans la situation financière de la France, alors que tous les prix explosent, face à la concurrence des titres subventionnés par l’État républicain (des millions et des millions à des titres comme Libération, Le Monde, Télérama…), Politique Magazine, comme tous les médias dissidents, ne peut continuer à publier que grâce aux abonnements et aux dons de ses lecteurs, si modestes soient-ils. La rédaction vous remercie par avance.

Facebook Twitter Email Imprimer

Abonnez-vous Abonnement Faire un don

Articles liés