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Donald Trump discrédite la droite européenne

D’abord admiratifs du projet trumpien et de l’énergie dépensée pour le déployer, nous ne pouvons que nous étonner du tour récent pris par son action, qui discrédite en fait tout le projet – et donc, par ricochet, tous ceux qui l’avaient célébré. Les droites européennes vont-elles sombrer à cause de Trump, qui était d’abord apparu comme leur soutien ?

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Donald Trump discrédite la droite européenne

Une fois de plus, Donald Trump a monopolisé la scène internationale en menaçant d’annexer le Groenland, un territoire appartenant à ses alliés européens. Même si la crise semble avoir été résolue par un compromis provisoire, nous nous approchons dangereusement soit d’’un éclatement de la cohésion politique de l’occident, soit d’une humiliation durable du vieux continent dont l’impuissance éclaterait aux yeux du monde entier. Comment évaluer l’impact de cette situation sur la droite européenne ?

On connaît la légende du roi Midas, qui avait acquis ce don miraculeux de transformer tout ce qu’il touchait en or. Je crains que notre bon Donald Trump soit en train de devenir, du moins pour le moment, une sorte de roi Midas inversé – du moins du point de vue des intérêts européens : tout ce qu’il touche se change en boue, pour ne pas utiliser de terme plus vulgaire. Et je le dis avec beaucoup de sympathie pour ce que Trump a déjà accompli, du moins pour les États-Unis, mais aussi avec une profonde préoccupation concernant la droite européenne.

Comme beaucoup d’entre nous, j’ai suivi les mesures et les accomplissements de Donald Trump avec un mélange d’incrédulité et d’admiration : alors que sa première présidence n’avait produit que des résultats assez maigres, la seconde se déroule dans un torrent d’activités, les unes plus radicales que les autres, restructurant de fond en comble les États-Unis et laissant présager des bouleversements encore plus profonds à venir. Car il est clair que si Trump ne réussit pas à placer un proche de ses proches à la présidence après la fin de ce mandat, ou même à décrocher lui-même un troisième mandat – en théorie inconstitutionnel – la plupart des membres de son équipe se retrouveront rapidement derrière les barreaux.

La lutte contre la drogue et l’immigration illégale, la remigration forcée de millions de clandestins, l’épuration des institutions grâce à DOGE, l’assèchement du marécage obscur des ONG de gauche, le réarmement massif des États-Unis, l’appropriation du pétrole vénézuélien, la réindustrialisation forcée, la tentative de retrouver une autarcie électronique et numérique, la fin de la propagande LGBTQ omniprésente, la reconquête spatiale, le projet d’un nouveau système de défense aérienne avancé, la mise au pas des grands milliardaires de la tech, le contrôle du Tribunal suprême – les États-Unis de Donald Trump sont décidément en train de défendre bec et ongles leur statut de première puissance mondiale.

La gauche, inattendu héraut de la civilisation européenne

Et pourtant, Donald Trump ne s’est pas fait que des amis à droite – même aux États-Unis, où le retour de l’interventionnisme américain, les magouilles financières et boursières du clan présidentiel, l’affaire Epstein et le soutien inconditionnel accordé à Israël ont déçu nombre de proches et de partisans du régime. Mais tout cela concerne avant tout les États-Unis ; aujourd’hui, nous voulons surtout nous pencher sur ce que le phénomène Trump signifie pour l’Europe, et plus particulièrement pour la droite européenne, et j’avoue que la perspective est tout sauf rose.

Certes, sans l’appui américain, il sera difficile – peut-être même impossible – d’arracher un jour les rênes du pouvoir à la gauche tant que la situation actuelle permet encore un revirement, car il est évident que, dans dix ou vingt ans, l’Europe aura tellement changé en termes de grand remplacement, de déclin industriel ou de retard technologique que la plupart des objectifs de la droite européenne seront, de toute manière, devenus totalement irréalisables. Il est tout aussi évident qu’une telle arrivée au pouvoir grâce à un appui américain constitue en même temps une sérieuse hypothèque, à la fois idéologique et très concrète, et que le choix entre l’impuissance et la puissance déléguée représente un véritable dilemme cornélien pour tous les patriotes conservant encore un dernier résidu d’honneur et d’amour-propre.

La crise du Groenland a encore ajouté une difficulté supplémentaire à cette situation, car l’opinion politique des Européens à l’égard de Donald Trump est en train de basculer de manière significative – et pas seulement dans les milieux de gauche. Le dédain monstrueux que Donald Trump manifeste non seulement envers les élites européennes (qui l’ont certes bien mérité), mais aussi envers les intérêts européens, commence à mobiliser un nombre croissant d’Européens contre les États-Unis et les pousse peu à peu à soutenir tous ceux qui prétendent défendre l’Europe, plutôt que ceux qui s’aligneraient sur Trump.

Ainsi, même si des figures politiques comme Starmer, Macron ou Merz se sont largement discréditées aux yeux de leurs populations d’un point de vue identitaire, migratoire ou économique, le fait qu’ils soient publiquement humiliés par Trump redore singulièrement leur blason. Car l’électeur a compris que cette humiliation procède, au fond, du mépris total de Donald Trump pour tout ce qui pourrait limiter l’influence et la puissance américaines : il n’y a pas de place pour une Europe fière et autonome dans le système MAGA, et ce nonobstant qui est aux manettes à Bruxelles. Involontairement, l’élite gauchiste européenne est donc en train de devenir le martyr de la défense des intérêts de notre civilisation européenne et remonte pas à pas dans les sondages.

La droite, en revanche, est tiraillée et ne peut que perdre : ceux qui s’aligneraient sur Trump passent pour de futurs collabos, prêts à offrir aux Américains territoires, richesses et intérêts afin de se hisser au pouvoir ; ceux qui donneraient raison à Macron, Merz ou Starmer en matière de politique étrangère risquent, quant à eux, de passer pour des faibles.

Défendre un véritable conservatisme européen

Dès lors, une situation extrêmement difficile se dessine donc à l’horizon, et le danger de voir Donald Trump enterrer la droite européenne au lieu de la propulser sur les devants de la scène politique est bien réel. Ce danger apparaît clairement si l’on se souvient de la situation au Canada juste après les élections américaines : alors que la gauche libérale y était largement donnée perdante, les élucubrations annexionnistes de Donald Trump évoquant une sorte d’« Anschluss » du Canada aux États-Unis ont poussé nombre d’électeurs à se détourner des conservateurs supposément proches de Trump, et à reconduire au pouvoir un parti politique unanimement détesté quelques jours plus tôt, précisément parce qu’il incarnait la certitude d’une opposition ferme à Washington.

Ajoutons à cela que la plupart des Européens – même ceux opposés à l’immigration de masse – goûtent fort peu les images de guerre civile ou d’exécutions policières comme celles qui ont récemment circulé : je vois donc un risque réel de revirement politique au bénéfice de la gauche ; un revirement qui ne nécessiterait même pas un basculement massif de l’électorat, mais simplement la léthargie des non-votants ou une mobilisation accrue des électeurs centristes.

Certes, les questions de politique étrangère sont loin d’occuper la première place dans l’esprit des Français, des Allemands ou des Britanniques. Mais si des élections venaient à coïncider avec des nouvelles désastreuses pour les derniers résidus d’estime de soi européenne – par exemple concernant l’Ukraine, le Groenland ou Israël –, il deviendrait de plus en plus probable que l’élite politique actuelle bénéficie du bonus bien connu dont profite tout gouvernement en place face à l’incertitude d’un bouleversement politique majeur. Car loin de ne pas « nous » concerner en France ou en Allemagne, la situation en Groenland ou en Ukraine a un impact profond sur le statut géopolitique de l’Europe et des États-Nations qui la composent.

Que doit faire la droite européenne dans une telle situation ? J’avoue ne pas avoir de réponse toute faite, sinon diverses mises en garde et un énième appel à ne pas trop compter sur l’appui de forces étrangères, qu’il s’agisse des Américains, des Russes ou des Chinois. Faire cause commune avec Trump, Poutine ou Xi ne peut mener, à la longue, qu’à des situations où la divergence d’intérêts entre ces puissances et l’Europe fait apparaître la droite comme un parti de collaborateurs.

Ce qu’il faudrait donc, ce serait développer une approche originellement conservatrice et patriotique de la civilisation européenne, afin de se démarquer aussi bien de l’européisme bruxellois que d’un nationalisme de plus en plus anachronique face à des grandes puissances qui pensent désormais en hémisphères entiers et non plus en simples régions.

La constellation géopolitique actuelle, avec la menace bien réelle de voir l’Europe – et avec elle les États-nations – transformée en monnaie d’échange entre les grandes puissances, est en train de raviver de manière singulière l’idée européenne, encore moribonde il y a quelques mois. Si la droite n’a pas de réponse à cette dynamique et ne parvient pas à s’approprier une pensée diplomatique véritablement machiavélienne – au sens noble du terme – au lieu d’osciller quotidiennement entre russophilie et américanolâtrie, elle risque fort d’être dépassée par les événements et de se compromettre dans une situation peut-être décisive pour la survie même de la civilisation européenne.

 


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