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L’Énigme de l’Atlantide, tome 2

Ce nouvel album de la série Blake et Mortimer aurait dû s’intituler Les Revenants du Doggerland. L’éditeur en a décidé autrement pour une meilleure compréhension de l’intrigue par les lecteurs les plus assidus de l’œuvre primitive de Jacobs : ce nouvel opus est la droite suite de L’Énigme de l’Atlantide, qui a passionné des millions de lecteurs depuis sa parution dans les années 1960.

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L’Énigme de l’Atlantide, tome 2

Yves Sente l’a écrit. Il ne s’est pas inspiré des notes de Jacobs (qui envisageait de traiter l’affaire en deux volumes) ni du scénario de Philippe Biermé, Le retour d’Icare, qui fut un temps nommé La pierre bleue et envisagé comme le deuxième album de reprise dessiné par Bob de Moor après le succès de Mortimer contre Mortimer.

Avec La Menace atlante, Yves Sente et Peter van Dongen livrent une reprise ambitieuse et parfaitement maîtrisée de l’univers de Blake et Mortimer, s’inscrivant dans le prolongement direct de L’Énigme de l’Atlantide imaginée par E. P. Jacobs en son temps. Plus qu’un simple hommage, l’album affirme une vision résolument contemporaine de la science-fiction, tout en respectant scrupuleusement l’ADN de la série.

L’intrigue s’ouvre sur une mission gouvernementale de la plus haute importance confiée à Philip Mortimer, envoyé en Écosse pour étudier d’anciennes formations volcaniques et tester la faisabilité d’une installation géothermique. Très vite, l’enquête scientifique bascule dans le spectaculaire : explosions mystérieuses, émanations de gaz toxiques, tsunami dévastateur en mer du Nord, et remontée à la surface de corps momifiés du Doggerland, enfouis depuis dix millénaires. Le chaos est tel que la presse britannique s’affole tandis que Scotland Yard semble dépassé. Il devient urgent pour Francis Blake de rejoindre son ami.

La réussite d’un délicat exercice d’équilibre

Le récit prend alors une ampleur digne des grandes heures de la série. Une exploration sous-marine tourne court lorsque le submersible de Blake et Mortimer est endommagé, les livrant à leurs ennemis de l’opus précédent. Olrik réapparaît, accompagné de Magon, le phulacontarque des Atlantes, déjà connu des lecteurs. Profitant d’une crise énergétique qui frappe la Nouvelle-Atlantide, Magon voit dans le chaos terrestre l’occasion inespérée de regagner son peuple. Mais son plan, fondé sur l’extraction massive d’orichalque, implique rien moins que la destruction de toute l’Europe du Nord.

Sente et van Dongen réussissent ici un délicat exercice d’équilibre : faire revenir des figures mythiques sans les figer dans la nostalgie. Si les personnages sont familiers, les enjeux, eux, sont ancrés dans les préoccupations contemporaines, à commencer par la question énergétique. Là où Jacobs évoquait avant tout des luttes de pouvoir et des complots politiques, La Menace atlante transpose le mythe dans une modernité crédible et inquiétante.

Peter Van Dongen, pour la première fois seul aux manettes du dessin d’un album, brille par son mimétisme : il singe le style du Jacobs de l’époque de L’Enigme de l’Atlantide à merveille. Il assure lui-même ses couleurs, ce qui démontre sa volonté d’être aux commandes complètes de ce nouvel album qui a été choyé pendant de nombreuses années. Porté par un sens du suspense implacable et une relecture intelligente de l’héritage jacobsien, La Menace atlante s’impose comme une réussite majeure, capable de séduire aussi bien les lecteurs de longue date que les nouveaux venus.

 

Yves Sente et Peter van Dongen, Blake & Mortimer – Tome 31 : La Menace atlante. Dargaud, 2025, 64 p., 17,50

 


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