Au moment où la police tirait sur les manifestants à Hamadan, la gauche iranienne exilée en Occident allumait un contre-feu pour juguler la révolte, comme à chaque fois que le peuple tente de renverser la République.
En fait, les « Rouges » rêvent aujourd’hui de prendre leur revanche sur les « Noirs » qui les ont écartés de la Révolution de 1979 après le triomphe de leur alliance : un prototype de l’islamo-gauchisme – et de ce qui l’attend, comme en France cette candidate écartée de la prochaine municipale dans une commune déjà suffisamment islamisée pour ne plus avoir besoin d’elle.
Ainsi, dans un salon de presse occidental, des Iraniennes, descendant ou héritières des Rouges de 1979, appartenant toutes au beau sexe et coquettement vêtues pour se rendre crédibles face à la persécution des femmes par les Mollahs, se sont employées à calomnier le roi renversé pour empêcher le retour de son fils le prince Reza, et ont recommandé l’application des principes politiques occidentaux. Il y a quelques décennies, ce piège fonctionnait encore, mais aujourd’hui il est peut-être trop tard, non seulement du point de vue de la situation iranienne, mais encore pour des raisons à la fois théoriques et pratiques.
L’Occident est désormais discrédité dans le monde, une fois passées, bien sûr, les frontières de son entre-soi. Son surnom « d’Empire du mensonge » lui est venu, entre autres causes, de son perpétuel double-standard, et du fait vérifiable qu’il est le régime des Arcom, du monopole idéologique, des prisonniers politiques non avoués, des assassinats d’opposants ou plus souvent leur exclusion civile par le truchement d’un procès jugé d’avance ou même une simple mesure administrative ; c’est le régime où les institutions judicaires sont au service du pouvoir et ne garantissent nullement les libertés publiques ; par exemple la République française où le parti socialiste, qui pèse 2% aux élections présidentielles, dispose de tous les leviers du pouvoir, au point que pour elle comme pour d’autres pays européens, les politologues ont dû forger des expressions nouvelles, comme « démocrature » ou « démocratie minoritaire ».
La démocratie… Cette idéologie est à bout de souffle
Aux États-Unis, capitale de l’Occident, l’on s’affronte autour d’un même mot, « démocratie », mais auquel on donne deux sens opposés, au point que la manifestation qui en 2020 avait envahi le Capitole pour sauver la démocratie se l’était vue reprocher par le camp d’en-face au nom de la démocratie… Cette idéologie est à bout de souffle et le monde s’en rend compte.
Enfin, en Occident comme ailleurs – du moins pour ceux d’entre nous qui ont encore accès aux livres indépendamment de la propagande – il est facile de voir que les prédictions du philosophe allemand Gunther Anders au milieu des années 50 se sont réalisées point par point : nous vivons sous un totalitarisme d’un genre nouveau, rarement violent, mais précisément d’autant plus efficace dans son processus d’aliénation individuelle et collective, ce pourquoi Anders résumait sa vision en une expression étonnante, « l’obsolescence de l’homme ».
Dans les premiers jours de la révolte, et jusqu’à hier encore, les médias occidentaux se contentaient de dissimuler la crise iranienne. Désormais, parallèlement aux contre-feux allumés par la gauche en exil, ils présentent cette crise comme ayant une origine purement économique, ce qui est vrai en grande partie : il n’y a même plus d’eau à Téhéran, la République projetait de déplacer ses quatorze millions d’habitants (!) vers d’autres lieux où son incompétence n’a pas encore tout détruit. La monnaie s’est effondrée, les gens ont soif, et les plus âgés se souviennent de l’époque où leur roi s’efforçait de rendre à cette nation millénaire sa grandeur perdue : un contraste flagrant que les Rouges ne peuvent plus cacher, mais qui explique pourquoi la révolte actuelle ne se contente plus de réclamer de l’eau et la mort du dictateur musulman, mais scande le nom de Reza Pahlavi…
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