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De la préservation des ruines

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De la préservation des ruines

Ledit mariage pour tous n’en finit pas de revenir flotter à la surface, tel un bois d’épave. Commençons cependant par le rebaptiser : mariage guignol. Cette appellation nouvelle a le mérite de dire d’emblée ce que l’on en pense, et en outre l’avantage d’une plus grande exactitude que le label officiel. Car, enfin, et que je sache, « pour tous » il n’est nullement, ce mariage : en sont encore exclus les enfants au biberon, les labradors noirs et les lampadaires halogènes, pour ne citer que les cas d’exclusion les plus criants d’injustice – mais trêve d’ironie bon marché.

Je sais que je risque de froisser mes amis des diverses « manifs pour tous » – et j’en ai un certain nombre –, mais il faut bien que quelqu’un leur annonce la noire vérité : leur combat ne pourra être ni gagné, ni même perdu, pour la raison qu’il est sans objet. Ils prétendent, ces aimables terroristes à poussettes, ces factieux à talons plats, se battre pour sauver la famille : cela revient à vouloir inscrire aux Monuments historiques un tas de pierres moussues et chardonneuses qui fut jadis château médiéval mais dont aucun vivant n’a conservé le souvenir de sa splendeur. Je sais bien que, dans le domaine de l’architecture ancienne, la préservation des ruines n’est pas sans grandeur : Jumièges est là pour en attester ; mais pour ce qui est des us anthropologiques, c’est se donner beaucoup de mal pour rien. Or la famille me semble en bien plus piteux état encore que l’abbaye que l’on vient d’évoquer.

Se battre pour elle, il eût fallu le faire en 1975, au moment où M. Giscard d’Estaing, alors président de la République, décida d’instituer le divorce par simple consentement mutuel, qui a transformé le mariage en self-service. Ce combat probablement perdu, mais au moins mené, on serait tout de même remonté en selle à l’aube du millénaire, quand ont disparu les dernières traces de distinction entre enfants légitimes et bâtards. Mais à partir du moment où un chacun quelconque peut épouser et démarier la première chacune venue, où les enfants qu’ils feront ensemble puis sèmeront chacun de son côté, seront déclarés rigoureusement semblables en droits, de quelle famille voulez-vous encore éviter la disparition ? Que signifie encore ce mot superbe et précieux de filiation ? Plus personne ne pourrait le dire, mais cela n’a pas empêché, dernièrement, les trois prétendants au trône de l’UMP de venir faire la danse des voiles (nuptiaux) devant le chœur des contempteurs de la loi scélérate. Bruno Le Maire a dit qu’il faudrait la conserver. « Nom de nom, nous l’abrogerons ! », lui a répondu Hervé Mariton. Quant à Nicolas Sarkozy, connaissant sans doute l’ambiguïté de sa propre situation, apercevant l’enclume et devinant le marteau, il a déclaré qu’on supprimerait la loi, tout en la gardant, mais en la déchirant pour en écrire une plus jolie, avec des enluminures qui plairont au réactionnariat. Vous voilà satisfaits, cher amis pourtoussiens ?

Parlons un peu brutalement : dans la mesure où le mariage n’était déjà plus qu’une sorte de singerie des mœurs et des rigueurs du passé, que vous chaut si une poignée de pédérastes et un bouquet de lesbiennes réclament et obtiennent le droit de venir eux aussi grimacer devant monsieur le Maire ? Le dîneur valétudinaire à qui les médecins ont interdit les œufs, et qui réclame à grands cris d’en manger tout de même, on peut bien lui en accorder le droit si, depuis longtemps, il n’arrive plus dans les coquetiers de tout le monde que des écales vides.

Les homosexuels ont exigé et obtenu, des socialistes en général et de Mme Taubira en particulier, le droit de se marier aussi ? Apaisez-vous et rengainez vos lames, chers garants des traditions, mes bons apôtres rétroactifs : ils n’ont obtenu que celui de se marier non plus.

Retrouvez Didier Goux sur son blog.

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