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Weimar et Midas

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Weimar et Midas

Tout cela est artificiel ! Combien de fois cette formule assassine a-t-elle stigmatisé une opération financière, jetant le doute sur son bien-fondé, sa valeur, son opportunité, et l’opposant tout naturellement au regretté billet de cent Francs.

Quoi de plus artificiel pourtant qu’un billet de banque ? Sa valeur repose sur la confiance en la capacité de l’institut d’émission à honorer sa dette en créditant un compte bancaire, simple écriture dans un registre électronique.

Une des grandes tragédies du siècle dernier naquit du désordre monétaire qui, en Allemagne, secoua la république de Weimar peu après la grande guerre. En l’espace de dix-huit mois, la valeur de la monnaie tomba à rien, laissant le peuple allemand déstabilisé, ruiné et vulnérable. Comment s’étonner encore de la nervosité des dirigeants allemands quand la question de la monnaie et des déficits vient sur le tapis ?

Mais l’or, valeur refuge par excellence ?

Midas mourant de faim dans son palais changé en or et se lavant frénétiquement dans les eaux du Pactole pour se débarrasser du don empoisonné nous avertit du peu d’utilité que la monnaie, aussi forte soit-elle, peut avoir.

Avertissement difficile à entendre pour toute une génération d’épargnants. Nourrie de Jean Pierre Gaillard à midi et de « Top à Wall Street » le soir, elle avait retenu du gouverneur Trichet l’idée que le haut mal était l’inflation, impossible à faire rentrer dans le tube dentifrice… l’idée seulement, car leur patrimoine s’était gonflé de la dérive des prix et les actions avaient le bon goût de monter de 6 % par an.

Au seul nom de déflation, les banquiers centraux désormais palissent et ne reculeraient pas devant les danses incantatoires voire le sacrifice humain s’ils pouvaient ramener l’inflation comme autrefois la pluie ou le vent. Pourtant leur rôle est bien de veiller à la solidité de la monnaie, fondement des échanges et de l’économie, d’entretenir le mythe monétaire, et en cela Monsieur Trichet a rempli son mandat, il le rappelle souvent. L’artificiel, ce n’est pas si facile.

Peut-on pécher par excès de solidité ? Midas nous dit que oui. Mais après nous avoir menacés pendant vingt ans d’une inflation qui n’existait pas, les grands argentiers peinent à nous faire peur avec la déflation. Comme Pierre et le loup. On ne les croit plus, pas plus qu’on ne croit un ministre des finances lorsqu’il explique imperturbable le creusement du déficit public (un mal) par le peu d’inflation (un bien). On saisit tout de même au passage que la hausse des prix alimente la TVA et les impôts.

Mais peut-on charger la banque centrale d’infléchir le sens des affaires ? D’ailleurs le peut-elle ? Sauf à tenter des remèdes qui n’ont été testés ni sur la souris ni sur le cheval ? Doit-elle accepter les mandats non écrits que lui glissent doucement une classe politique déresponsabilisée, incapable, par manque de stratégie et de courage, de ramener la prospérité.

Après avoir fait fuir les entrepreneurs, écrasé d’impôts les épargnants (traités de rentiers), dévalorisé la prise de risque, les gouvernants tournent vers la banque centrale un regard interrogatif, attendant qu’elle amplifie des politiques monétaristes dont chacun sait, eux les premiers, qu’elles sont inefficaces. On constate que les liquidités déversées sur les marchés sont inefficaces tant qu’elles ne sont pas recyclées auprès des emprunteurs. Mais les banques rendues frileuses par la crise toute récente préfèrent rester l’arme au pied ou vendre des contrats d’assurances. Or les banques – de même que les États– ont beaucoup à perdre de la déflation qui fragilise leurs clients mais pérennise la valeur de leur endettement. Ah les beaux temps de l’inflation où c’était l’inverse…

Les USA et la Grande Bretagne, pourtant à l’origine de la crise, ont retrouvé un semblant de prospérité en engageant une politique de relance avant de tenter de réduire les déficits. Et pourtant nombre de banques anglo-saxonnes ont fait faillite. Une seule en France…Comme si après n’avoir rien risqué nous avions tout perdu…

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