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Vers un néo-colbertisme français ?

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Vers un néo-colbertisme français ?

« Cette coutume qu’ont les hommes de se refuser à émettre des jugements critiques sur les points fondamentaux est un des plus grands dangers qui menacent, d’une façon générale, les facultés humaines de compréhension. » H.G.Wells

La récente déclaration du Président Hollande, au cours de son voyage japonais, n’en finit plus de faire des remous. Et pour cause : à l’heure où la plupart des pays de l’Union Européenne connaissent des taux records de chômage, clamer haut et fort que « la crise de l’Eurozone est terminée » relève soit du déni de réalité, soit de l’ignorance malheureuse. Dans les deux cas, il y a fort à parier que l’apparent optimisme présidentiel aura vite été calmé par une rapide mise au point avant le début du G8, celui-ci ayant fixé comme principal fil rouge « la crise économique », sur fond de polémique protectionniste.

Tous les voyants sont au rouge et il suffit de reprendre cet avis du 13 Mai 2013 de l’Agence de notation Fitch Ratings pour s’en convaincre : « Une majorité d’investisseurs européens estime que la crise en zone euro menace encore les marchés financiers qui grimpent fortement en dépit de la faiblesse de l’activité économique en Europe ».

Cette faiblesse de l’activité économique européenne n’est pourtant pas la principale cause d’inquiétude économique du G8. Un récent rapport de Global Trade Alert vient en effet de conclure à un véritable regain protectionniste au sein des pays du G20 (65% des 430 mesures détectées), les gouvernements « profitant des failles de la règlementation de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) pour pouvoir favoriser leurs intérêts domestiques ». Si la menace protectionniste semblait évidente en cas de crise économique, son actuel développement au sein même du G8 (30% des mesures détectées) soulève de graves questions sur l’avenir des édifices économiques. Car, comme disait Maurice Allais : « Toute la Construction européenne et tous les traités relatifs à l’économie internationale ont été viciés à leur base par une proposition enseignée et admise sans discussion dans toutes les universités américaines – et à leur suite dans toutes les universités du monde entier : « Le fonctionnement libre et spontané des marchés conduit à une allocation optimale des ressources. »

La lente mais inéluctable remise en cause de cet axiome économique libéral laisse entrevoir au niveau national le retour en grâce d’un certain mercantilisme à la française, un « néo-colbertisme » non pas européen, comme le réclamait le sénateur Grignon, mais national.

Ce retour en grâce, largement atténué par les carcans libéraux (voire socio-libéraux pour le cas français), pourrait apparaître comme une véritable solution à la crise économique que traverse notre pays. Protectionnisme modéré, subventions à l’exportation, grands contrats publics et surtout, mise en avant de la qualité française face à la logique d’accumulation mercantiliste (principe de Valeur-Qualité), bien des pistes pourraient être exploitées à la place du sempiternel « un problème – une taxe »…

Mais, pour continuer la citation de Maurice Allais : « La compétition des pays à bas salaires dans un monde de libre-échange ne peut qu’entraîner, inexorablement, dans les pays développés, un nivellement des salaires vers le bas et une explosion du sous-emploi. Cette opinion relève du sens commun, et elle apparaîtra aux lecteurs comme une banalité. Mais il n’y a pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. Il n’y a pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Et tel semble bien, aujourd’hui, le comportement des dirigeants – politiques, économiques, médiatiques : ils ne veulent ni voir ni entendre. »

En clair, le système politique français, fondé sur un système des partis devenu inapte, a aujourd’hui besoin d’une véritable réforme de fond – politique comme économique – pour pouvoir réellement sauver notre pays. Bien des voies peuvent être empruntées pour sortir de la crise mais toutes – néo-colbertisme compris- se fondent sur le rétablissement de l’autorité nationale « afin de sauver et de redynamiser les libertés », pour citer Hilaire de Crémiers.

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