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Transparent ou translucide ?

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Transparent ou translucide ?

« L’art du politique est de faire en sorte qu’il soit de l’intérêt de chacun d’être vertueux » Helvétius

Si la classe politique française paraît souvent divisée aux yeux des Français, elle semble néanmoins avoir trouvé dans les suites de l’Affaire Cahuzac une ligne politique commune en se lançant, tête baissée et main sur le cœur, à un vibrant appel à davantage de « transparence » du corps des élus et, a fortiori, des membres du Gouvernement.

Certains juristes rappelleront à propos la publication obligatoire du patrimoine pour les candidats à l’élection présidentielle ou les dirigeants d’organismes publics. Certes, mais la Commission pour la Transparence Financière de la Vie Politique (CTFVP), chargée de les contrôler, a l’interdiction de les publier… Qu’à cela ne tienne ! Matignon a donc annoncé qu’avant le 15 Avril, tous les membres du Gouvernement auraient publié leur patrimoine, emboîtant le pas aux plus zélés d’entre eux, comme Marie-Arlette Carlotti, ministre délégué aux personnes handicapées.

Cette volonté semblerait louable si la méfiance n’était pas de mise en politique. Car ces publications étant uniquement déclaratives, elles n’engagent à l’évidence que ceux qui les croient : Cahuzac n’a-t-il pas lui-même déclaré son patrimoine il y a à peine quelques mois ? Cette déclaration l’a-t-elle empêché de commettre son « outrage à la République », pour reprendre les propos du président Hollande ?

De toutes parts et sur tous les fronts, les propositions pleuvent sans discontinuer pour prendre à bras le corps la question de la transparence politique : non-cumul des mandats, création d’une Haute Autorité chargée du contrôle du patrimoine des élus, inéligibilité à vie pour les condamnés, etc… Mais ces propositions, si pertinentes qu’elles puissent paraître, viendront certainement terminer leur course sur l’écueil constitutionnel ou dans un placard, tuées par des enjeux politiques évidents (pour rappel, 83% des parlementaires français sont titulaires d’un mandat parlementaire et d’un mandat exécutif local).

Pourtant, de nombreux outils existent d’ores et déjà et ne demandent qu’à remplir correctement leur mission : des Commissions (CTFVP ou CNCCFP) aux rapports divers (Jospin) en passant par la Justice, tant délaissée en ce moment. Malheureusement, peu ou pas de réelle révision des statuts et pouvoirs de ces commissions, ni même de véritable réfection judiciaire en vue…

La question de la transparence politique s’achemine donc davantage vers de la translucidité politicienne, l’élu laissant voir aux citoyens ce qu’il souhaite laisser voir et conservant l’opacité sur les zones moins franches de son patrimoine. Comme disait Charles-Augustin Sainte-Beuve : « En Politique, on n’est pas ce qu’on est ; on est ce qu’on paraît être.»…

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