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Les incuries d’Augias

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Les incuries d’Augias

Il s’agissait bien sûr d’étables, les écuries, c’est pour les chevaux. Or c’étaient bien des bœufs que possédait le roi Augias, un magnifique troupeau de  trois mille têtes. Ses taureaux, des bêtes splendides, se reproduisaient à un rythme soutenu. Mais, laissés sans soins, leur fumier avait recouvert le pays d’Elide, le menaçant d’infertilité et le rendant inhabitable.

Héraclès, pourtant peu délicat, en était indisposé. Augias lui avait vaguement promis un dixième du troupeau s’il réglait le problème. Pas délicat, mais un peu crédule, la variété tout en muscle, il détourna deux fleuves qui emportèrent le fumier et firent place nette. On respirait.

Après avoir remis les fleuves en place et peut être lui-même pris un bain, notre héros alla trouver Augias pour lui demander son dû. Le roi fit la sourde oreille, lui expliqua qu’il ne se souvenait d’aucune promesse et l’encouragea à retourner à Mycènes voir s’il y était.

Mal lui en pris. Héraclès, bien que grec, n’avait pas le gout de la négociation, il tua Augias ainsi que sa descendance et parti à la chasse du côté du lac Stymphale.

La France me fait penser aux pays d’Elide. Riche, peut-être trop, elle est devenue à force de laxisme ingouvernable, inhabitable, et les braves animaux qui la peuplent, qui jusqu’à présent se laissaient traire gentiment, commencent à gratter du sabot et à montrer la corne. Les plus riches s’en vont.

Il fallait un Hercule, un vrai, pas un Poirot, un costaud qui retourne la situation, détourne un fleuve ou deux et remette les choses en place.

Le bourgeois français, né malin, a trouvé mieux. On allait demander à Augias.  Augias connaissait le problème à fonds, un vrai spécialiste de l’incurie, issu de la famille politique qui l’organise depuis des siècles. Un bourgeois de gauche. Atout formidable, il savait parler aux bouviers, il saurait leur expliquer qu’il fallait se remettre au travail, diminuer le nombre des fonctionnaires improductifs, abaisser le montant des charges, diminuer les avantages acquis, favoriser l’initiative individuelle etc.

Augias était intelligent, il avait fait une école d’agriculture, il comprendrait surement l’impérieuse nécessité de conduire des réformes certes impopulaires mais indispensables. Alors bien sûr il y avait des inconvénients, des points d’ombre. On avait compris qu’il faudrait accepter quelques décisions désagréables touchant à la famille et à l’organisation de la société. Augias avait semble-t-il fait des promesses… Mais finalement n’était-ce pas un sacrifice à consentir dans l’intérêt supérieur des réformes ?

Sur les questions touchant à la famille, effectivement on n’a pas été déçu, cela s’est passé comme prévu. Mais pour le reste, catastrophe ! On avait oublié qu’Augias n’était pas roi de droit divin, mais élu.Certains pensaient peut-être que, tel Lycurgue, il se retirerait une fois les réformes accomplies…

Pas du tout ! Augias veut faire deux mandats, comme tout le monde. Pour cela, il faut qu’il soit réélu. Alors les réformes ce sera (peut-être) pour un 2e septennat, qui comme chacun sait dure maintenant cinq ans, c’est la bonne nouvelle.

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