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Cahuzac et l’actuelle crise institutionnelle française

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Cahuzac et l’actuelle crise institutionnelle française

« Les institutions sont la garantie du gouvernement d’un peuple libre contre la corruption des mœurs, et la garantie du peuple et du citoyen contre la corruption du gouvernement ». Saint Just

A l’heure où l’affaire Cahuzac ébranle d’une manière peu commune le frêle gouvernement socialiste et bien au-delà du seul procès fait à l’ex-ministre du budget, il semble bon de se rappeler ces propos de Saint Just, emblématiques et révélateurs des véritables enjeux de la lutte contre la corruption des élus.

L’erreur fondamentale est de croire à l’absolue probité d’un pouvoir, démocratique ou non. « Le pouvoir corrompt », répétait Machiavel en son temps. Vouloir faire croire l’inverse au pays réel ne relève même plus de l’utopie mais de l’absurdité même. Ainsi, « la République irréprochable » brandie par le candidat Hollande fait aujourd’hui face à la triste réalité politique, l’échec de cette promesse devant apporter dans son sillage une véritable ira populaire. Et face à cette légitime colère, rejeter la faute sur l’outrecuidant Cahuzac en s’abritant derrière l’implacable sanction « d’outrage à la République », ne pourra suffire. Le président Hollande le sait.

D’où les trois réformes sorties du chapeau hollandais, celles-ci visant à donner davantage de transparence aux finances des élus et des ministres. « Rustines » pour Bayrou. Ces réformes sentent effectivement le réchauffé et soulignent cruellement au passage l’inutilité de nombreux organismes déjà existants, comme la Commission pour la Transparence Financière de la Vie Politique (CTFVP) ou la Commission Nationale des Comptes de Campagne et des Financements Politiques (CNCCFP).

Mais au travers de cet effort pour davantage de transparence, c’est bien le secret bancaire suisse qui apparaît comme l’ennemi du Président Hollande… Force est pourtant de constater que cette opacité hélvète, tant dénoncée aujourd’hui, n’est à l’évidence que l’arbre qui cache la forêt : de Singapour aux Îles Caïman, de nombreux paradis fiscaux accueillent également des fonds français sans aucun moyen de pression possible. La course semble donc perdue d’avance : vouloir s’atteler à davantage de transparence financière avec la Suisse ne ferait qu’accélérer les transferts de fonds vers d’autres paradis fiscaux. Comme l’écrit Myret Zaki, rédactrice en chef adjointe du magazine économique Bilan : « L’affaire Cahuzac est l’arbre qui cache la forêt. Depuis de nombreuses années, c’est l’activité principale de certains banquiers privés d’héberger des comptes offshore. Le regard doit par ailleurs être dirigé vers Singapour où de nombreux comptes ont été transférés après 2009 et la décision du Conseil fédéral suisse de ne plus distinguer la fraude et l’évasion fiscale. Mais les autorités singapouriennes sont peu coopérantes.»

Face à la corruption, pragmatisme, détermination et courage politique ont cependant toujours porté leurs fruits. Louis XIV n’a-t-il pas fait enfermer Nicolas Fouquet pour ses abus financiers ? Aujourd’hui pourtant, aucun gouvernement ne semble en mesure de « prendre le taureau par les cornes ». C’est que l’aveuglement des élites politiques face aux défaillances institutionnelles, à commencer par celles de la Justice, joint à l’absurde promesse de « République irréprochable », catalysent littéralement la crise institutionnelle française qui, dans l’affaire Cahuzac, trouve son archétype même.

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