Recevez la lettre mensuelle de Politique Magazine

Fermer
Facebook Twitter Youtube

Article consultable sur https://politiquemagazine.fr

Une grille de compréhension des tensions mondiales

Facebook Twitter Email Imprimer

Une grille de compréhension des tensions mondiales

En novembre 2017, la Commission de Bruxelles déposait discrètement une proposition de directive au Parlement européen et au Conseil des chefs d’État pour changer les règles du marché intérieur sur le gaz. Adoptée en avril 2019, cette modification de la législation européenne avait été « clairement conçue et adoptée dans le but de désavantager et de décourager le gazoduc Nord Stream 2 », dénonçait les dirigeants de l’opérateur mené par le russe Gazprom. Construit à plus de 80 %, le gazoduc Nord Stream 2 est censé relier le très bon marché gaz russe à l’Allemagne via la mer Baltique. Mais il est aujourd’hui au point mort, tout comme un autre gazoduc d’origine russe, le Turk Stream, suite à des sanctions financières imposées par Washington à l’automne 2019.

Ces événements mettent en lumière une guerre féroce qui se joue en coulisses : celle qui consiste à contrôler les routes énergétiques et, partant, à se mettre dans une position de « contrôle du monde », détaille un nouveau livre. Selon l’auteur, la pensée géopolitique britannique, puis celle des États-Unis, a théorisé dès le XIXe siècle l’importance des dépendances et des interdépendances entre puissances, et elle en a fait l’alpha et l’oméga de sa politique étrangère. Cette pensée géopolitique à vision mondiale explique nombre de conflits en cours, et elle se mêle parfois à de féroces volontés régionales comme en Syrie (celle d’Israël visant à abattre les États forts non atlantistes de son voisinage, et celles opposant les sunnites sous influence séoudienne et les chiites sous influence iranienne).

À partir de cinq chapitres ciselés – la guerre dans l’est de l’Ukraine, le réseau des pipelines en Asie centrale, l’extension de la Chine et de ses routes de la soie, le retour spectaculaire de la Russie, la guerre en Syrie – et à l’aide de références nombreuses (plus de 700 sources sont indiquées), l’auteur donne un aperçu fouillé de ce Grand Jeu géopolitique qui se poursuit sous nos yeux. L’Europe n’apparaît qu’en filigrane ; c’est sans doute fort peu au regard de sa puissance encore bien réelle et de ses extraordinaires capacités scientifiques, mais le ponte de la géopolitique américaine Zbigniew Brzezinski ne désignait-il pas lui-même les États du continent comme « vassaux » ?

Le Grand Jeu, c’est un peu le jeu de société Risk mais à échelle réelle. Il a pour dimension la planète, et pour centre de gravité l’immense Eurasie, que les sorciers de la géopolitique anglo-américaine nommaient l’île-monde il y a plus de cent ans déjà. Les guerres de 14-18 et de 39-45 n’ont-elles pas été qualifiées de « mondiales », au sens où il en résultait une certaine maîtrise globale ? Elles s’inscrivaient dans un contexte de mondialisation et de centralisation poussée. À bien y songer, le tout récent mouvement de déglobalisation pourrait jouer l’effet inverse et réduire considérablement la portée de ce Grand Jeu. À condition que celui-ci ne dérape pas en guerre ouverte entre grands blocs.

Christian Greiling, Le Grand Jeu – une lecture éclairée de la géopolitique. Héliopoles, 2019, 24 €.

Facebook Twitter Email Imprimer

Abonnez-vous Abonnement Faire un don

Articles liés