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Maître Lafond, dernier du nom, nous a quittés

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Maître Lafond, dernier du nom, nous a quittés

Tel Cyrano, Jean Lafond est mort samedi dernier une heure avant dîner. Issu d’une lignée de maîtres d’armes, il avait appris à maitriser le fleuret et l’épée (« c’est la base ») aussi bien que la canne, le bâton et… le parapluie (« très efficace si tu sais t’en servir ». Son père, Roger Lafond, avait enseigné cet art particulier à John Steed de « Chapeau melon et bottes de cuir »). Mais la boxe française était son grand art. Il « travaillait de la jambe avant, pas comme les bourrins du karaté qu’on voit arriver à trois kilomètres ». Avec son père il avait réuni sous le nom de « Panache » un ensemble de techniques, de « coups pourris » qui, pour le combat de rue, complétaient utilement la boxe française. Il enseignait le style, la précision, la rapidité. Il citait souvent « Sugar » Ray Robinson, dont il admirait l’élégance et les « jabs » foudroyants.

Parmi les élèves qu’il préparait à la compétition, plusieurs avaient remporté des titres nationaux. Il s’enorgueillissait qu’aucun n’ai subi de KO. En bon escrimeur il apprenait à enchaîner coups, parades et esquives. Il avait en horreur le travail en force ; « tu travailles comme un bourrin » remarquait-il avec un fin accent parisien digne d’Audiard. Le mot « bourrin » revenait souvent…

Proche du cinéma, il avait réglé les combats des Brigades du Tigre, la série culte des années 80 ainsi qu’un passage du film de Truffaut, Jules et Jim. Adroit kinésithérapeute, il pouvait de son propre aveu remettre les vertèbres aussi bien qu’il les sortait dans une prise de panache.

Venaient pêle-mêle à la «salle » artisans, acteurs, couturiers, journalistes, flics, maîtres d’hôtel, joueurs professionnels, financiers, étudiant(e)s,… Jean avait réuni un public (« des copains pour l’essentiel, ici je ne veux pas de bourrins ») qui n’était pas sans rappeler la salle de Michel, dit Pisseux, que fréquentaient, au 10 de la rue Buffaut, Théophile Gauthier, Gavarni, Eugène Sue, Lord Seymour (milord l’Arsouille)…

Saluez-vous !

A cet ordre, lancé à intervalles réguliers par le maître, les boxeurs, qui viennent de changer d’adversaire, se saluent avant de commencer un nouvel assaut. Nous sommes aujourd’hui au 26 de la rue Buffault (la même rue que Michel « Pisseux » ?) dans une salle de boxe française. Sous la direction d’un maître et de son prévôt, une quarantaine de jeunes gens (et jeunes filles) s’exercent à la pratique de la boxe française. Si la tenue a changé (j’ai encore connu, Salle Lafond, le traditionnel collant à bretelles en laine noir, façon Frères Jacques…), l’enseignement, divine surprise, est de même qualité. Même souci d’enchaînements précis, d’efficacité, d’élégance et de courtoisie. La boxe française qui avait pratiquement disparu entre les deux guerres, beaucoup de maîtres étant restés sur les champs de bataille, a retrouvé l’engouement d’un public jeune et passionné. Jean et son père y sont pour beaucoup, qu’ils en soient remerciés !

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