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Lumière d’un crépuscule

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Lumière d’un crépuscule

L’histoire de l’Égypte antique s’étend sur trois millénaires. Les grands pharaons conquérants et bâtisseurs, de Chéops à Ramsès, sont célèbres et les œuvres réalisées sous leurs règnes font la gloire des musées. Après la XXe dynastie, les invasions étrangères commencent et l’historien fait du dernier millénaire une longue période de décadence politique, jusqu’à la victoire d’Octave, en -30, qui provoque l’intégration de l’Égypte dans l’Empire romain. Un préjugé voudrait que, d’une manière concomitante, l’identité culturelle égyptienne se soit abâtardie, métissée et ait dégénéré. Or, il n’en fut rien. Les souverains vainqueurs admirèrent et trouvèrent sans doute fort commode de se couler dans le moule pharaonique et d’adopter des mœurs et des cultes qui avaient fait leurs preuves, prolongeant la nomenclature dynastique jusqu’à la XXXIIe. Les artistes poursuivirent leurs tâches coutumières, évoluant selon les goûts du jour, sans révolution ni renoncement.

D’abord, la tribu libyenne qui prend le pouvoir était depuis longtemps intégrée. Puis, les rois kouchites de Napata, noirs soudanais, donnent dans l’archaïsme. C’est une dynastie autochtone, issue de Saïs, qui réunifie l’Égypte et assure un renouveau de paix et de prospérité, et l’art prend plus d’élégance et de spontanéité. Les Perses en font une province de leur empire, mais sont en butte à des insurrections qui remettent des Égyptiens sur le trône. Vainqueurs, les Perses sont finalement chassés par Alexandre, auquel succèdent les Lagides, jusqu’à Cléopâtre.

Ainsi l’art égyptien est d’une remarquable stabilité, sans pourtant se scléroser ni se répéter. Il proclame la sérénité, même – surtout – dans la mort, dont la perspective ne provoque nulle émotion, mais une espérance tranquille. Il passe directement de l’hiératisme des figures divines (statuette en or d’Amon, où la précision va jusqu’à piquer la prunelle, d’époque libyenne, trésor du MMA de New York), au réalisme du vieillard (« tête verte » en schiste poli, d’époque lagide, venue de l’Ägyptisches Museum de Berlin). Une chatte divine est aussi en vedette (« Gayer Anderson », incrustée d’argent, prêtée par le British Museum de Londres). Les pharaons sont tous représentés jeunes et beaux, mais les simples vivants sont très divers, depuis les assis des statues-cubes, les agenouillés, le « Dattari » debout du Brooklyn Museum, jusqu’à une sensuelle femme nue en argent (MMA).

Nous sommes invités aussi dans l’intimité des morts. Ce n’est plus le luxe du Nouvel Empire, mais le soin du rituel perdure : tables d’offrandes, stèles, un papyrus du Livre des Morts, remarquable de couleurs (Kunsthistorisches Museum, Vienne), canopes en albâtre. Nous pénétrons dans la tombe d’un prêtre, où rien ne manque : statue du dieu, cercueil en bois peint, parure en carton, masques mortuaires, coffret à viscères, statuettes des serviteurs en céramique bleue.

La qualité de la collection et la variété de provenance des objets, que messieurs Olivier Perdu, du Collège de France, et Nicolas Sainte Fare Garnot, conservateur du musée, ont su rassembler thématiquement, sont ici plus impressionnantes que la richesse et la taille. Cela convient très bien aux dimensions restreintes du musée que la scénographie légère d’Hubert Le Gall, inspirée sans ostentation des formes des hypogées, utilise au mieux.

Le Crépuscule des Pharaons – Chefs-d’œuvre des dernières dynasties égyptiennes
Musée Jacquemart-André
158, boulevard
Haussmann, Paris VIIIe
tous les jours,
jusqu’au 23 juillet 2012

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