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En avant, calme et droit

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En avant, calme et droit

En mai, le concours de dressage international était à Saumur !

Impossible de résister. Saumur est au dressage ce que New York est à la finance, Caen aux tripes, Londres au fair-play et Berlin à l’altruisme. Dressage moderne s’entend, car le classique, comme bien d’autres choses, était à Versailles. Mais les deux endroits ont eu leur enseignement et leurs grands noms. Que le lecteur me pardonne si c’est à tort que je le crédite d’avoir compris qu’il s’agit d’équitation, savante qui plus est. Cet art dans lequel le cheval et l’homme, sa plus noble conquête, exécutent avec grâce et légèreté [1] des figures de manèges héritées du passé guerrier de ce couple qui survit au passage des siècles. Le dressage est désormais une discipline sportive, olympique dès l’origine, toute de précision et d’élégance mais où le principe de précaution remplace képi ou chapeau haut de forme par un casque genre cycliste. Les Français, fidèles à la passion de leurs ancêtres (les Gaulois) pour les chevaux, ont dominé la discipline pendant des siècles et longtemps brillé dans les concours internationaux (cinq médailles dans cette seule discipline aux jeux de 1932 à Los Angeles). Là comme ailleurs les choses ont changé et, manque de montures, de cavaliers et de mécènes, nous sommes descendus au fond du classement.

Mais pas de regret, d’inutile nostalgie, on allait jouir sans arrière-pensée du spectacle des meilleurs cavaliers mondiaux évoluant là où le colonel Lesage [2] préparait Taine [3], le capitaine de Saint Phalle faisait galoper sa jument en arrière.

Las ! C’est à l’ENE (école nationale d’Équitation) que la compétition se déroulait, là où, dans les années 70, un conflit entre ministères avait exilé les écuyers du Cadre Noir. Ayant parcouru quelques kilomètres de campagne, et juste après un poney-club (!), on trouve l’entrée de cette prestigieuse école de la République, facilement reconnaissable à sa barrière administrative. Dès l’arrivée, les restrictions budgétaires se font sentir ainsi que les trous dans l’asphalte. On roule sur des routes au revêtement inégal et par endroits manquant, sans doute pour que les cahots réveillent les chevaux ; les portes des boxes sont rongées par les chevaux, peut être insuffisamment sortis, les tas de fumier montent au dessus des toits… l’architecture des années 70 a mal vieilli. Sur le parking, les luxueux camions de transport contrastent avec la vétusté ambiante. Les plaques d’immatriculation sont hollandaises, allemandes, anglaises, ukrainienne même. Mais cavaliers impeccables et chevaux rutilants convergent vers la carrière centrale proche du grand manège. Les drapeaux claquent parmi les tentes blanches dressées pour l’occasion. On est bien dans un concours international, le spectacle est magnifique. Mais, oh surprise !, ni écuyer ni sous-maître pour honorer la compétition de leur tenue noire !

Nous sommes retournés à Saumur. Au bord de la Loire les grands manèges de l’école de cavalerie sont vides. Vides également les écuries, le bar des écuyers et la place du Chardonnet agrémentée d’un terrain de basket et d’un concours hippique semestriel. L’ensemble reste imposant.

Là encore nous rejetons ou, pire, négligeons un passé glorieux qui serait pourtant la fondation naturelle d’un sport (art ?) aussi ancien et noble.

L’Angleterre fait différemment, où, avec aisance, le moderne côtoie l’ancien et les cabinets d’avocats londoniens voisinent les auberges où se tenaient les tribunaux au XVIe siècle.

D’ailleurs, si la championne du moment est anglaise, elle porte un nom français. Et c’est la revue internationale Eurodressage qui a minutieusement retracé la carrière du merveilleux Taine. Une consolation pour les écuyers du passé quand, la nuit venue, ils descendent du grand tableau où leurs noms sont inscrits en lettres d’or pour discuter encore les mérites de Baucher et d’Aure.


[1] Ce trait bien français est une qualité dans le seul domaine de l’équitation…

[2] Médaille d’or en individuel à Los Angeles en 1932

[3] Son cheval, un pur-sang

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