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Discours de la méthode

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Discours de la méthode

Les éditions de Chiré rééditent Comment on relève un État du Docteur Antonio de Oliveira Salazar (1889-1970). Cet ouvrage, édifiant sous bien des aspects, fut pour la première fois publié en 1936, soit dix ans après le coup d’État du 28 mai 1926 et l’avènement de la dictature nationale qui annonce l’Estado Novo, régime autoritaire lusitanien de 1933 à 1974 marqué par la figure de Salazar. Le chef de gouvernement portugais élabore ainsi un bilan-programme du pays. Dans cet ouvrage, Salazar ne dresse pas seulement un projet intellectuel, ce n’est pas seulement une doctrine, mais l’explication claire et simple du fonctionnement de l’État. Étudiant et explicitant les pans essentiel, les entités régaliennes du pouvoir, il détaille tour à tour les finances, l’économie (son domaine de prédilection), le travail, l’éducation, l’armée ou la question coloniale, il réussit, en seulement une centaine de pages, à synthétiser toute la philosophie politique de l’Estado Novo.
Anti-libéral, anti-démocrate et anti-parlementaire, le docteur Salazar exhorte à un modèle national spécifiquement portugais, fustigeant un système britannique inapplicable à son pays. Un système qui, se considérant comme seul bon, est amené à réduire les libertés locales. Sa clairvoyance lui permet d’être visionnaire sur le sort de l’Occident ravagé par le despotisme de l’argent et le développement des philosophies matérialistes qui proscrivent toute idée de transcendance. Contre ces maux, il en appelle au corporatisme, qui incarne les libertés des travailleurs en leurs donnant la parole et le pouvoir de décision. Le président du Conseil des ministres expose sa vision de la chose publique et de l’État. Sur la question constitutionnelle, il avance chercher l’harmonie entre un « prestige législatif » (selon ses propres termes) et un pouvoir exécutif stable, indépendant et responsable de l’honneur et de l’existence de la Nation.
Livre pratique et facile d’accès grâce à sa construction thématique et à la plume allerte de son auteur, il présente deux intérêts. D’abord un intérêt historique pour comprendre l’État Nouveau au XXe siècle, et son étonnante longévité. Mais également un intérêt politique, par la lucidité que révèlent les propos de Salazar sur l’absolue nécessité de gouvernants sérieux et légitimes, d’institutions totalement indépendantes, pérennes qui ne cherchent pas l’enrichissement personnel mais le bien commun. La force du propos réside dans la résonance que ces idées, ces réalités, peuvent avoir à nos oreilles. La conclusion vient résumer la vision salazarienne de l’État portugais : on ne sacrifie ni la patrie, ni la famille, ni le travail – et surtout pas Dieu. Que cet ouvrage, qui trouvera sa place dans toute bonne bibliothèque, nous serve, aujourd’hui, à replacer ces quatre piliers au cœur de notre souci politique.

Antonio de Oliveira Salazar, Comment on relève un État. Chiré, 2020, 112 p., 13 €

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